Bénédictines de Sainte Bathilde

ASCENSION

mercredi 9 mai 2018

Dans tout l’Évangile, Résurrection et Ascension sont étroitement imbriquées.

Mais la question est là : comment dire l’espérance ?

Dans un monde affolé de solitude, ce sont des con-solateurs qui témoigneront.

Consolateur

Sur l’épisode lui-même de l’Ascension, les témoignages ne sont pas unis : quarante jours après Pâques, dit la tradition liturgique, suivant la précision de Luc dans les Actes (1,3) ; or le même Luc, dans l’Évangile, organise son récit de façon à ce que tout ce qui concerne le Ressuscité se passe « le même jour » (24,13), y compris son départ vers le ciel (24,51).

Matthieu ne mentionne pas le « départ » de Jésus, sinon sous la forme raccourcie d’un adieu en forme de promesse, mais Marc et lui semblent entrer dans ce schéma du Jour unique.

Quant à Jean, il délaisse la tradition du départ devant les Onze, à peine évoquée par la mystérieuse réponse de Jésus à Marie-Madeleine : « Je ne suis pas encore monté vers mon Père. Toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père » (Jn 21,17). Sa chronologie épouse la thématique de la semaine : Jésus se montre à Thomas, huit jours après Pâques ; pourtant, après une première conclusion (20,30-31), le récit rebondit, sans précision de jour, avec l’apparition au bord du lac (21).

Dans tout l’Évangile, Résurrection et Ascension sont étroitement imbriquées. N’est-ce pas le signe que l’essentiel n’est pas dans le côté anecdotique, mais dans le sens profond d’une mystérieuse réalité à laquelle les apôtres ont donné une épaisseur charnelle, bien dans la continuité de l’Incarnation. Jésus, ils l’ont « entendu, vu de leurs yeux, contemplé, touché de leurs mains » (1Jean 1,1), et voilà qu’avec les événements déroutants de la Passion et des apparitions du Ressuscité, ils le reconnaissent dans une dimension nouvelle, à la fois familière et autre – « C’est le Seigneur ! »

Dieu s’est fait homme ; bien plus : Il demeure homme au sein de la Trinité ! L’image, qu’on pourrait dire naïve, de Jésus s’élevant dans le ciel, est une révolution philosophique, théologique, bref une révolution copernicienne ! Elle dit la folie de l’Incarnation qui va au bout de sa logique ; elle dit que ce que nous appelons, hélas souvent platement, le salut dépasse infiniment ce que nous en pensons.

Le pardon de Dieu est, comme l’indique le mot, un don par-delà ce qui était déjà donné. Non que l’Évangile (et toute la Bible) fasse l’impasse du péché, mais celui-ci est pris dans une dynamique qui projette en avant, car le mal n’a pas le dernier mot. Alors le salut n’est pas simple réparation (comme on remet en marche un appareil), mais transfiguration, divinisation : si le Christ est ressuscité, s’Il se laisse voir, s’Il se laisse annoncer (au sens technique de proclamation de la Bonne Nouvelle) comme retournant au Père sous sa forme humaine, c’est bien que cela nous concerne, me concerne, concerne notre aujourd’hui. Les Pères de l’Église le traduiront par cette formule lapidaire : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu.

Mais comment le dire aujourd’hui ? Comment dire l’espérance ? Dans un monde affolé de solitude, ce sont des con-solateurs qui témoigneront.

Consolation : tel un leit motiv, alors que s’allonge le Temps pascal, le thème se fait insistant. « Je ne vous laisserai pas orphelins, dit Jésus… Moi, je prierai le Père : Il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous toujours. » Consolation… être rejoint là où nul ne peut plus atteindre, et y sentir un baume qui apaise la douleur, la terrible solitude de l’être, la désolation, ce redoutable no-man’s land, où l’on est si recroquevillée sur sa souffrance que nul peut franchir l’abîme.

Jésus promet ce Con-solateur : l’Esprit Saint, le Paraclet, avocat, intercesseur. Ne boudons pas le mot Consolateur : le mot latin garde le secret de son origine (peut-être une vieille racine évoquant d’être favorable) mais le français permet ce jeu autour de la solitude !

Il y a tant d’épines sur nos chemins, et pourtant !... Si sensibles que soient les blessures laissées par elles, il y a ce « quelque chose », de plus subtil, plus caché, plus grand : cette consolation, comme une caresse à l’âme, reçue du Corps…Transpercés par notre péché, traversés par les épines de nos frères et sœurs en humanité dès que l’on ose la rencontre, là même, nous découvrons comme une invitation à dépasser la douleur, à franchir une porte. Et à y découvrir une douceur, un baume, une onction…

 
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