Bénédictines de Sainte Bathilde

Ananie 2015 : Chronique 3

jeudi 3 décembre 2015

Et nous voici à Timadeuc depuis quelques jours pour la dernière étape !
C’est donc de la Bretagne que nous vous envoyons la troisième chronique sur notre séjour à Jouarre :

SESSION ANANIE 2015 – ETAPE 3

CHRONIQUE n° 3 : ABBAYE NOTRE DAME DE JOUARRE

Du 15 OCTOBRE au 5 NOVEMBRE 2015

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit… tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22, 39-40)

Chères Mères, chers Pères, chers frères et chères sœurs, « à vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ ». Voici un écho de la troisième étape de notre aventure, combien riche en heureuses surprises, en découvertes et en approfondissement du sens de notre vie. Notre départ d’Ermeton s’est passé très chaleureusement avec la présence fraternelle de Mère Marie Paule et de toute la communauté d’Ermeton toujours disponibles pour nos grands et petits besoins depuis notre arrivée jusqu’au départ du car sous leurs yeux ! Après quatre heures de bus nous sommes arrivés à L’Abbaye bénédictine Notre Dame de Jouarre, située sur la commune de Jouarre dans le département de Seine-et-Marne, en Île-de-France.

Le Cadre

La ville de Jouarre est située sur un plateau de 150 m d’altitude avec sa vallée, ses campagnes et un environnement luxuriant aux portes de Paris. L’abbaye Notre Dame de Jouarre a été fondée au VIIe siècle par Adon, le fils aîné d’Authaire, un haut fonctionnaire de la cour royale de Dagobert 1er, roi des Francs (603-639). Grâce à ses Cryptes mérovingiennes, uniques en Europe, l’Abbaye fait l’objet d’un classement au titre de monument historique.

Premières photos de Jouarre : Jouarre : le cadre

L’histoire de l’Abbaye est mouvementée : visite de papes, Concile régional, Assemblée monastique, guerres (mondiales, régionales ou nationales), révolution française, incendies, invasions, exils, tous ces évènements ont laissé des séquelles sur les bâtiments de l’abbaye. Mais, à travers ces évènements la présence des sœurs dans la fidélité à la louange de la Trinité n’a pas été interrompue. Aujourd’hui encore une quarantaine de sœurs maintiennent le flambeau de la vie monastique à Jouarre.

Les photos de la visite de l’Abbaye : Jouarre : la visite du monastère

Les enseignements

Le 16 octobre P. Hugues Leroy, prieur du prieuré de La Source à Paris, nous a entretenus sur Droit canonique et vie consacrée. La majorité du groupe a eu sa première plongée dans cette discipline qui, dans sa mise en pratique a pour but « l’équité canonique et sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l’Eglise la loi suprême » (can 1752). P. Hugues nous a invités à avoir toujours cette idée en tête pour aborder nos législations dans nos communautés : l’équité canonique à observer et le salut des âmes, et non le salut d’une institution. Tandis que ceux qui ont déjà eu des cours de droit canonique redoutaient cette journée qui s’annonçait lassante, P. Hugues a su faire la différence et nous a captivés si bien qu’on a trouvé qu’il aurait fallu plus qu’une journée ! En effet, après une présentation générale des canons qui traitent de la vie consacrée, P. Hugues a porté son propos sur l’application du droit dans des situations concrètes.

La journée du 17 octobre est consacrée au bilan de la première partie de la session pour voir ce qu’il faut encourager, reprendre, améliorer au cours de la deuxième moitié du parcours. Dans la matinée chaque participant devait porter individuellement un regard rétrospectif sur le chemin parcouru. En fin d’après-midi nous nous sommes réunis autour de Mère Loyse pour partager nos satisfactions et nos propositions. Dans l’ensemble il y avait unanimité sur la reconnaissance de la disponibilité et de la sollicitude maternelle de Mère Loyse à l’égard de chaque frère et sœur de la communauté Ananie. Aucune proposition sur ce qu’il faut reprendre ou corriger sinon qu’une journée de droit canonique était trop peu, vu les nombreuses questions sur lesquelles on voulait être au clair.

Du 19 au 22 octobre nous avons eu un enseignement à trois voix sur Affectivité et Célibat. Mme Florence d’ASSIER de BOISREDON psychologue, Fr. Michael Davide de la fraternité Koinonia de la Visitation (Italie) et Sr Siong Tjoa de la communauté de Grandchamp (Suisse) ont uni leurs voix pour nous parler de la maturité affective et du célibat comme un appel à vivre l’amour trinitaire. En effet, ce passage de saint Luc 10, 26 « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et ton prochain comme toi-même », ainsi que l’image de la Trinité de Roublev ont été le leitmotiv nous invitant à comprendre notre sexualité comme ordonnée à un amour qu’il nous est demandé de vivre, et non pas à un dessèchement de nous-même. Dans un langage clair Mme Florence d’ASSIER de BOISREDON nous a permis de comprendre le développement de l’identité humaine et la constitution de la maturité dans la tradition occidentale, puis son intervention a porté sur des points particuliers pour le vécu en communauté : vivre la solitude en lien avec le célibat, vivre la maturité affective dans les relations communautaires, vivre la maturité affective dans les relations avec les personnes externes à la communauté.

Quant au frère Michael Davide, il nous a partagé ses convictions avec sérieux et profondeur, toutefois non sans humour. Frère Michael Davide et sœur Siong se voulaient un frère et une sœur au milieu de nous. Ils nous ont apporté leur connaissance et leur expérience pour nous aider à mieux intégrer dans notre vie les enseignements reçus et à ne pas juger, ni condamner les personnes qui sont en marge de la morale catholique/chrétienne, mais à respecter le chemin de chaque être humain, et surtout à être conscient que le Christ nous libère des lois de la nature pour vivre dans l’alliance avec lui. Leur aide était précieuse dans les travaux en ateliers et dans les remontées en grand groupe. Celles-ci furent des échanges d’une grande richesse interculturelle dans le respect mutuel.

Le 23 octobre nous avons eu une matinée avec notre Mère Loyse autour du thème « Repère d’histoire biblique ». Il ne s’agissait pas d’une approche théorique, mais bien d’une méthode pour initier les novices à lire la Bible comme une collection d’histoires. A partir de l’évènement de la sortie d’Egypte, Mère Loyse nous a fait redécouvrir les grandes étapes de l’histoire biblique.

Du 24 au 27 octobre, pour la deuxième fois depuis le début de notre aventure, le pasteur Pierre-Yves Brandt, professeur de psychologie à l’Université de Lausanne, Suisse, vient nous aider à faire la relecture de notre manière de nous situer dans des situations concrètes où nous avons été impliqués. Le but est de nous donner l’opportunité d’entendre les différentes autres possibilités de réagir face à une même situation, de voir pourquoi on s’y est pris de telle manière et de s’interroger sur les repères que donnent l’Evangile, la Règle, les constitutions pour faire un choix quant à la manière d’intervenir ou pas dans la situation. C’est un travail sur nous-mêmes que tout le groupe apprécie cordialement, et, comme il n’y a jamais deux sans trois, le pasteur Pierre-Yves Brandt nous rejoindra à Timadeuc pour continuer ce travail avec nous.

Les 2, 3 et 4 novembre P. Luc, Abbé de la Pierre qui Vire, nous parle d’Evagre comme « chercheur de Dieu et explorateur de l’âme humaine ». Grâce aux travaux archéologiques de Guillaumont, P. Luc nous a conduits jusqu’en Egypte, plus particulièrement aux « Kellia » sur les traces d’Evagre. Celui-ci a essayé de comprendre son expérience avec Dieu et a dessiné dans ses écrits un itinéraire possible dans la vie spirituelle. Il est un explorateur qui témoigne que l’homme est créé pour servir Dieu et qu’il y a une beauté et une profondeur à rechercher dans notre quête intérieure. Il sait aussi alerter sur les faux chemins de la vie spirituelle. En effet, Evagre nous fait découvrir « huit pensées » ou impasses sur le chemin spirituel du moine et invite à la vigilance contre leur installation dans l’âme. P. Luc nous a aidés à découvrir dans l’œuvre de ce témoin du mouvement monastique ancien, ce qui est utile pour nous aider à grandir dans l’expérience spirituelle.

Les photos sur les enseignements : Jouarre : Les enseignements

La vie quotidienne

Les photos de la vie quotidienne : Jouarre : la vie quotidienne

Les évènements

Par groupe de dix, guidés par sœur Irène, nous avons eu l’opportunité de visiter la crypte de Jouarre. Notre présence en ce lieu nous donne l’occasion de nous projeter dans les débuts de Jouarre et surtout de vivre, d’une certaine manière, une communion avec les saints qui s’y trouvent. La crypte, construite à l’époque mérovingienne (400-675), a été souvent remise en état au cours des temps. Elle est un peu à l’écart dans le grand jardin du monastère et a une ouverture sur l’extérieur, un accès pour les pèlerins et les touristes. En effet après la révolution française, elle est devenue un domaine d’Etat confié à l’office du Tourisme tout en reconnaissant à la communauté sa part de propriété. En ce lieu aujourd’hui encore se trouvent les tombeaux du Vénérable Adon, le fondateur, de Ste Telchide, la première abbesse, de Ste Aguilberte, abbesse, de St Agilbert et le gisant de Ste Osanne, moniale de Jouarre et princesse d’Ecosse.

Les photos des visites de la Crypte et de la Tour : Jouarre : l’histoire

Le 28 octobre nous avons eu une magnifique journée à Paris. Mère Marie Madeleine, Père Hugues, Fr. Simon de Keur Moussa (Sénégal) et Saint-Louis Mentor, le jeune frère de frère Pierre(Haïti), nous ont rejoints pour cette journée. A notre arrivée, la cathédrale Notre Dame de Paris nous a accueillis chaleureusement bien que le soleil soit en retard. Mme Odile Pinard, notre guide, nous a expliqués avec passion l’histoire, les vitraux, ainsi que certaines sculptures de ce chef d’œuvre de l’architecture gothique. Puis, Montmartre nous a permis de nous restaurer, de participer à la chaîne de prière continue devant le Saint Sacrement et d’avoir une large vue sur Paris. Après Montmartre, les Bateaux-Mouches nous ont offert un tour fluvial sur la Seine et son histoire. Un moment de détente et de plaisir dans un lieu unique avec la présence lumineuse de notre frère Soleil.

Les photos de la visite à Paris : Jouarre : visite à Paris

Dans la soirée la communauté des Bénédictines de sainte Bathilde de Vanves nous a permis de célébrer l’Eucharistie avec elle, d’honorer la communion fraternelle et de visiter les bureaux de l’AIM. Sans oublier notre chauffeur (Jean Paul) qui a voulu nous montrer toutes les beautés de Paris en rentrant le soir. Tout le monde était content.

Les photos de la visite à Vanves : Jouarre : visite à Vanves

Du 29 au 31 octobre nous avons eu notre retraite avec sœur Elie, prieure de Jouarre, passionnée des Pères du désert. Elle nous a permis de nous abreuver au puits, combien riche en sagesse et en profondeur, des apophtegmes des Pères du désert. Ses commentaires nous ont « tirés vers le haut ». Elle nous a permis de découvrir l’importance de la Parole de Dieu dans la vie des Pères, les exigences de la vie commune, les résultats de la contemplation du mystère de l’abaissement du Christ et la vocation monastique comme le témoignage nu d’une vie dessaisie d’elle-même. La méditation d’un thème à chaque séance, illustré par une ou deux expériences de vie d’un Abba, nous montre combien ces devanciers de la vie monastique constituent, dans les petites choses, des sources intarissables de l’amour de Dieu et du prochain. Une prédication qui nous donne envie de toujours revisiter les Pères.

Les photos de la retraite : Jouarre : la retraite

La veille de ces trois jours, sœur Théophane devait s’absenter, de Jouarre, et c’est ce qui a été pour nous l’occasion de faire connaissance avec Zoé et Vita. Mais qui sont-elles, direz-vous ? Ce sont deux chèvres, qui ont été données à sœur Théophane à l’occasion de sa profession. Les volontaires d’Ananie n’ont pas manqué. Par contre les acteurs étaient nettement moins nombreux ! Que nenni, cela nous a permis de profiter du caractère des chèvres ! En particulier Zoé ! C’est la plus jeune et c’est aussi la plus têtue ! Saviez-vous à quel point une chèvre peut être têtue ? Le premier matin, Zoé qui avait bien compris la situation s’est montrée très docile, très compatissante à notre égard ! Tout s’est très bien passé. Le premier soir, Zoé s’est montrée encore très docile, mais nettement moins intéressée par notre présence. Le deuxième matin, la journée a bien démarré ! Le deuxième soir, Zoé était pressée de rentrer ! Et elle nous a fait faire le chemin au pas de course ! Le troisième matin, Zoé avait décidé de nous montrer que c’était elle qui commandait. Plus question de manifester une quelconque compassion devant notre désarroi, elle semblait plutôt rire de nous voir si empêtrés. Trois fois ! Nous y sommes allés trois fois dans la matinée ! Rien à faire ! Zoé avait décidé de ne pas sortir ce jour-là ! Alors, savez-vous à quel point une chèvre peut être têtue ?...

Les photos de la garde des chèvres : Jouarre : les chèvres !

Le dernier grand événement à Jouarre, et non des moindres, est le repas avec la communauté. En effet, le premier novembre tandis que ceux qui sont parvenus à la plénitude de la vie chrétienne se réjouissent dans le ciel, la communauté de Jouarre nous a rejoints le soir au réfectoire de l’hôtellerie pour un repas festif. Celui-ci s’est terminé par l’exécution de quelques morceaux très allants joués à l’accordéon par sœur Mireille, des danses malgaches et des chants congolais.

Les photos du départ : Jouarre : le départ

Nous terminons en vous assurant de notre prière et en confiant notre dernière étape - à Timadeuc, au cœur de la Bretagne - à la vôtre.
Avec nos fraternelles salutations

L’équipe de chronique « Ananie 2015 »

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