Bénédictines de Sainte Bathilde

CHRIST ROI

samedi 21 novembre 2020

"Voici venir des jours, déclare le Seigneur, où je donnerai à David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice" (Jér. 23, 5).

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offices

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CHRIST ROI

La royauté n’est pas une donnée fondamentale du Peuple élu. Lorsqu’elle apparaît en Israël, sous la pression de l’exemple des peuples voisins, elle est d’emblée perçue comme ambigüe, voire dangereuse.

L’Alliance, elle, est fondamentale, fondatrice : Dieu fait alliance avec son peuple, avec l’humanité, et tout va dépendre de la confiance que l’homme, partenaire libre, fait ou ne fait pas à Dieu. Dieu qui fait alliance s’engage à ce que l’homme ne manque de rien : « Il le trouva dans un pays désert, dans une solitude, où il n`y avait que hurlements de désolation. Il l`entoura, il prit soin de lui ; il le garda comme la prunelle de son œil : comme l`aigle qui réchauffe son nid et couve ses petits, en étendant ses ailes, les prend, et les porte sur ses plumes » [Deut 30, 10.11].

La confiance, même si c’est, dans la nuit, une marche sur l’eau, s’appuie sur la promesse qui ne peut décevoir. La peur, elle, qui enfante le doute et la méfiance, va jeter l’homme à la recherche d’appuis plus visibles qui s’avèrent souvent décevants. Ces marches hésitantes, c’est ce qu’on appelle l’Histoire Sainte !

La demande d’un roi fait partie de ces manques de foi. Dieu sait que les peuples ont besoin de chefs qui les entraînent, surtout dans les temps d’épreuves. Il avait suscité Moïse et lui avait donné un successeur, Josué. Les Juges continuèrent ce ministère charismatique [Juges 2, 16].

Mais Dieu demeure le seul Maître d’Israël : « Les hommes d`Israël dirent à Gédéon : Règne sur nous, toi et ton fils, et le fils de ton fils ; car tu nous as délivrés de la main des Madianites. Mais Gédéon leur répondit : Je ne dominerai point sur vous, et mon fils ne dominera point sur vous ; c’est le Seigneur qui dominera sur vous » [Juges 8, 22-23].

Vouloir un roi [1 Sam 8] ou prétendre à la royauté [Juges 9, 1-21], c’est prendre la place de Dieu, donc avoir partie liée avec l’idolâtrie (« Mon peuple se prostitue »). Le fondement de la condamnation de l’idolâtre, des faux dieux, est là : on cherche des sécurités tangibles, parce que le silence de Dieu effraie.

Brève histoire de la royauté

A la fin de la vie de Samuel, le peuple, frustré de n’être pas comme les autres, réclame un roi. Samuel donne l’onction à Saül, puis à David [1 Sam 10 et 16] ; Salomon succèdera à ce dernier [1 Rois 1]. 931 : sous Roboam, le schisme casse à jamais l’unité des Douze tribus ; désormais il y aura le royaume du Sud, Juda (capitale : Jérusalem), et le royaume du Nord, Israël (capitale : Samarie). Les livres des Rois et des Chroniques égrènent une double litanie : les rois de Juda et les rois d’Israël.

731  : le royaume de Samarie tombe, sous l’assaut des Assyriens.

587  : sous le règne de Sédécias (598-587), le Sud, qui avait jusque-là résisté et gardé son indépendance, est vaincu à son tour, cette fois par les Babyloniens, la grande puissance du moment. Jérusalem est détruite et le peuple déporté « aux bords des fleuves de Babylone » [cf. Psaume 136].

63av JC-135 ap JC  : Interruption de la royauté : Israël est vassal des grandes puissances.

• 63-333 : Domination perse. Sur la scène de l’Histoire, les Perses sont les grands du moment. En 538, Cyrus qui opte pour une politique de la clémence, autorise par un édit le retour des exilés.

• 333-63 ap JC : Époque hellénistique. Couronné roi à 20 ans, en 336, le jeune prince macédonien, Alexandre (Alexandre le Grand) commence, trois ans plus tard, une ascension foudroyante. Mais, maître de la Grèce, de l’Égypte et de l’Asie, il meurt de la fièvre à 33 ans à Babylone, et l’immense empire s’effritera avec les querelles de succession. A Jérusalem, sous domination grecque, l’institution des grands prêtres est pleine d’ambiguïtés.

• 63-135 : domination romaine. Les grands prêtres, depuis env. 100 av JC, prenaient le titre de rois. Avec Hérode le Grand, la distinction des pouvoirs est établie ; mais les « rois » sont de fait les créatures de l’occupant.

L’attente du Messie

Messiah en hébreu, Christos en grec : c’est l’oint, celui que le Seigneur a consacré par l’onction.

• Quand on se souvient que la demande d’un roi correspondait bel et bien à un rejet de Dieu, lui-même étant l’unique roi, on ne peut qu’être saisi de la place que prend la royauté. Bien sûr, les choses ne sont pas si univoques qu’une lecture rapide, comme « habituée, pourrait le laisser penser. Il y a, dans tout l’Ancien Testament, deux courants, monarchiste et antimonarchiste, le plus assuré étant… le second ! Il est signe du refus théologique récurrent qui, depuis les Juges, habite le Peuple élu, au moins dans certains de ses représentants.

Quoi qu’il en soit, une évidence est là : Dieu ne fait pas, lui, contre mauvaise fortune bon cœur ; cet homme que l’on fait roi, ou qui se fait roi, qui joue au puissant ou qui, parfois, se fait serviteur, Dieu l’adopte. Dieu voit plus loin que nos sottises et nos errances : derrière la fonction, plus ou moins adaptée, il voit le fils qu’il va tenter d’ajuster à son désir à lui, Dieu. A côté de récits grinçants ou de chroniques royales étalant sans scrupule la turpitude de certains souverains, court une mystérieuse promesse de Dieu : « Il me dira : Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut ! Et moi, j’en ferai mon fils aîné, le plus grand des rois de la terre » [Psaume 88].

• En 587, s’achève définitivement l’expérience de la royauté. Avec la chute de Juda, c’en est fini de la souveraineté des tribus et de l’espérance d’un Israël réunifié. La victoire, inespérée, humainement improbable, sur l’Assyrie, au temps d’Ezéchias (716-687), avait entraîné une croyance en l’invincibilité de Jérusalem : or, la Ville tombe et le Temple est détruit. L’exil est une catastrophe nationale, politique et spirituelle, qui restera toujours une référence, l’archétype du malheur.

Déporté à Babylone, le peuple aurait pu, et même aurait dû, selon la loi de l‘histoire de l’époque, s’assimiler. Dans le creuset de l’épreuve, il rebondit plus haut dans la connaissance de Dieu et la confiance. C’est l’époque où peu à peu on passe d’une conception « nationale » de Dieu (idée commune à tous les peuples, qui veut que chaque nation possède son dieu, attaché à la terre) à une conception universaliste : le Seigneur n’est pas le Dieu du seul Israël ; il peut être invoqué en terre étrangère, il est le Dieu de toute la terre.

• Mais que devient la promesse faite à David [2 Sam 7] d’assurer à jamais un descendant sur son trône ?

On a idéalisé très tôt le règne de David. Héros national encore aujourd’hui, il est le roi par excellence à partir duquel les souverains voient évaluer leur règne (cf. par exemple 1 Rois 15,3-5). La déception devant la médiocrité et même la décadence complète de la royauté va engendrer et alimenter l’attente d’un roi juste et pacifique (cf. Isaïe 32, 1-5 ; Jérémie 23, 5-6). On attend celui qui sera l’oint du Seigneur ; on attend de plus en plus ardemment le Messie. Asservi sous des tutelles diverses, le peuple vit dans l’espérance de « celui qui doit venir » (cf. Mt 11,2-15) ; qui sera-t-il ? Que sera-t-il ? On ne le sait au juste : les légendes et récits qui courent sur lui sont variés, et il est difficile de se faire, par la Bible seule, une idée de cet être mystérieux ; elle est relayée par tout un folklore populaire qui continuera de se développer dans le Judaïsme tardif jusqu’à l’époque moderne.

En référence au temps heureux (et idéalisé) de l’unité des douze tribus, l’attente du Messie est volontiers vécue sous la forme d’une espérance de voir la royauté restaurée en Israël. Ce sera une des tentations auxquelles Jésus sera soumis (par exemple : Jean 6, 15 ; Matthieu 20, 20-21 ; et encore à l’Ascension, Actes 1, 6 !).

On pressent que ce roi associera la justice à l’humilité (cf. Zacharie 9, 9-10 ; Isaïe 11, 1-5) et qu’il faudra attendre les derniers temps pour qu’il se manifeste enfin.

Jésus de Nazareth Roi des Juifs

Un écriteau au-dessus d’un gibet, une phrase en trois langues, hébreu, latin et grec : aux yeux du gouverneur romain, un détail dérisoire achevant une histoire vraiment sans importance, qu’il était urgent de clore avant le tumulte de la grande fête juive qui allait commencer.

Jésus de Nazareth… « De Nazareth, peut-il sortir rien de bon ? » [Jean 1, 46] Roi des Juifs… quand depuis ces siècles, il n’est plus de roi en Israël et que l’institution est grevée d’ambiguïtés.

Au bout de la longue histoire de la royauté, un supplicié et un écriteau qui le désigne comme roi.

A la plénitude des temps, Dieu naît dans le temps. Il s’insère dans l’histoire d’un peuple, ce « peuple choisi », non pour des mérites particuliers, mais pour être simplement, humblement, signe de cet amour qui va jusqu’à l’incarnation : Dieu se fait homme, dans ce peuple chargé de lui offrir la mère qui lui donnera la chair humaine dont le Créateur a besoin, matériellement besoin pour être fils d’homme…

Peuple de Dieu : mesurons-nous que cela peut s’entendre d’au moins deux façons ? Israël est le peuple que Dieu a élu, a fait sien et dont il est le seul roi. Mais ce peuple, c’est aussi celui de Jésus de Nazareth, comme on dit de tout humain qu’il est d’un pays.

Peuple de Dieu, peuple de Jésus… Dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme, les deux se rejoignent.

Jésus de Nazareth, roi des Juifs.

L’attente est accomplie. Tout est accompli.

 
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