Bénédictines de Sainte Bathilde

Découverte de Madagascar !

jeudi 17 septembre 2009

Du 17 juin au 17 août 2009, Sr Marie-Madeleine, du monastère de Saint-Thierry, est allée donner trois sessions dans nos trois communautés de Madagascar. De retour elle nous partage ses impressions.

En promenade avec des soeurs

Comment ne pas vous partager quelques impressions fortes de ces neuf semaines à Madagascar ?
Tout ce que j’ai reçu de ces rencontres dans nos monastères, comme au cœur même de la vie quotidienne, en chemin, en taxi-brousse ne peut trouver mots, mais les mots peuvent bien suggérer l’indicible et ouvrir au mystère de la rencontre… J’en fais le pari, avec audace certes, mais surtout en écoutant tout simplement mon cœur !

Quelques mots baliseront notre chemin : dépaysement, misère et pauvreté, hospitalité, espérance, sourire, labeur, persévérance, course et joie !

DEPAYSEMENT

L'arbre du voyageur

Il fut total - à l’aller comme au retour ! Au sens propre, il signifie changer de pays, ce qui fut bien le cas puisque plus de 11 000 km séparent la France de la Grande Ile ! Le temps, à l’aller de tout remettre dans les mains du Seigneur ! Le temps aussi de regarder les revues disponibles dans l’avion et de découvrir telle ou telle coutume, de lire telle ou telle légende, de parcourir l’histoire. Le temps encore de dormir un peu en ce vol de nuit plutôt calme ; l’avion n’est rempli qu’à moitié et inaugure la ligne Paris – Nossy-bé.

Dépaysement complet à l’aéroport, vite vidé de ses touristes : dépaysement car attendre plus de sept heures, sur une chaise, au soleil dans un aéroport, se conçoit mal chez nous ! Premier apprentissage du temps qui ne compte pas !

Effectivement, le dépaysement a touché ce rapport au temps et pas seulement aux lieux, tellement différents du nord au sud-est, et tellement beaux, tout en étant marqués par la pauvreté !

Forêt luxuriante et vue imprenable sur le canal de Mozambique et l’Océan Indien, depuis le monastère de Joffreville. La montagne d’Ambre m’a quelque peu ouvert son mystère grâce à un dimanche de marche avec quelques sœurs, tout en demeurant insaisissable, impénétrable.

Mer à Mananjary La mer à Mananjary aux mille couleurs, à la houle furieuse et aux rouleaux suscitant la méfiance parfois l’audace des pécheurs m’a réjouie !

Toutes les rizières du nord au sud ne peuvent que provoquer l’admiration : que de beauté dans l’architecture, que de labeur, que d’ingéniosité encore !

Les enfants veillent sur le riz repiqué en jouant, fabriquant des cerf-volants d’un jour et tout ce monde de rire au passage de la « vasa » (étrangère) admirative de leur créativité !

Ambositra, ville entourée de collines, a un climat plus rude en hiver (nous sommes dans l’hémisphère austral !) : froid – de 5° à 15° - et humide. Mais, étonnement de ma part, le mimosa pousse partout et fleurit à cette époque de l’année, malgré le froid ! La végétation m’a paru riante au milieu de la misère de la ville et les arômes des rizières une vraie tache de gratuité au cœur du tableau !

Le temps ne m’a pas semblé le même, là-bas et ici ! Temps pourtant bien rythmé par les Offices liturgiques, la prière personnelle, mais temps ouvert, comme suspendu sur la rencontre, sur l’autre, sur l’attente du nécessaire pour vivre, ou plutôt, souvent, survivre.

Longues heures d’attente au stationnement des taxis-brousses, le temps indispensable pour partir à plein, soit 20 à 25 personnes dans un véhicule fait pour 15, heures d’attente ; mais avant tout, heures de connivence, de rencontres, de communion. Tout sauf perte de temps ou impatience, malgré des moments de fatigue ou d’étonnement joyeux !

Ainsi, parties du monastère d’Ambositra à 6h du matin, pour aller à Antsirabe - soient 90km - nous sommes arrivées à 10h45… ayant tourné plus de deux heures dans Ambositra en appelant les clients potentiels… Taxi-brousse à la criée ! Je me suis tout de même demandée si nous allions un jour partir et si les murs d’Ambositra n’allaient pas tomber comme les murailles de Jéricho ! Que nenni !

Mais, je n’avais pas encore touché du doigt le sommet du dépaysement : chose faite, lors de l’ordination diaconale de quatre frères dans la cathédrale d’Ambositra…
Célébration prévue à 9h. Arrivée vers 7h. Une église comble, vibrante et jubilante pendant plus de 4 heures, n’a pas fini de me surprendre… Pas un moment de silence, pas un moment d’ennui, malgré la langue, des chants, des danses, une belle liturgie bien ordonnée. A 13h, il me fallut partir sans la bénédiction finale, pour cause de crampes dans les jambes !

Temps apparemment vécu autrement le long de la route, dans les villages, sur le marché.
On dépose ce qui est à vendre et on attend. Parfois, on laisse sur le bord de la route, un sac d’herbe, des objets à vendre, un tas de briques, du sable, des fagots de bois, des sacs de charbon de bois. On ne voit pas si quelqu’un est là pour vendre, mais dès que le taxi-brousse s’arrête une volée de petits vendeurs accourt, chacun espérant bien devancer les autres pour vendre quelque objet, trésor du jour.
On se dispute facilement le client, surtout au stationnement. Il faut dire que la vente d’un seul morceau de poulet, d’un kapok d’arachides peut être la survie d’un jour.

Vue du Monastère de Joffreville Pousse-pousse à Mananjary Vue d'Ambositra

MISERE-PAUVRETE

C’est sans nul doute ce qui m’a le plus frappée sur l’Ile. Difficile de parler de la pauvreté, encore plus de nommer la misère, ou d’oser la regarder, alors que l’on est impuissant et de passage. Le seuil entre misère et pauvreté m’a paru bien étroit et souvent vite franchi.
Ce sont les enfants qui m’ont littéralement saisie. Que de regards croisés, de sourires échangés et de photos emmagasinées. L’appareil a été l’instrument de rencontres : un sourire, une photo et un immense sourire de se voir dans la petite boîte ! Quelle belle invention, pour le coup, que les appareils numériques qui redonnent dans l’instant la photo prise et qui permettent ainsi un échange sans mot, mais pas sans communication !

La pauvreté matérielle est immense, partout, très palpable en villes, plus cachée en brousse.
Pourtant, personne ne semble mourir de faim ou être totalement abandonné. Le riz se partage toujours. Cela n’empêche tout de même pas les vols et ils sont de plus en plus nombreux, à tel point que les villages s’entourent peu à peu de murs protecteurs. On se rassemble pour vivre le plus en sécurité.

Mais presque tous les jours parvenaient au monastère les récits de vols de vache, de zébus, de pommes de terre, de fruits… touchant tel ou tel voisin. La misère ne justifie pas tout, mais explique bien des malheurs. Car trop souvent vol se conjugue avec meurtre. La peur affleure ça et là...

Pont portable pour aller au canal Pour lutter contre la pauvreté humaine, les ONG, les Associations se multiplient, toutes plus inventives et créatives les unes que les autres. A Mananjary, une ONG offre deux kilos de riz et des légumes pour 4h de travail pour un chantier précis.
Autour du monastère, un canal de 5 km a été creusé pour l’irrigation des rizières, plus de 100 personnes ont travaillé 10 jours durant. Elles n’ont qu’un désir : qu’un nouveau chantier s’ouvre pour elles.

Canal de 5km... En fait, une Association a vu le jour pour inviter des gens à retrouver le chemin des rizières et de l’espérance. Les personnes qui s’engagent reçoivent un espace à cultiver, et tout le monde travaille ensemble, un jour par semaine, soutenu par l’Association qui aide au démarrage et au suivi. Le repiquage a eu lieu pendant mon séjour, belle solidarité et belle espérance, malgré les menaces toujours fortes des éventuels cyclones dans cette région.

La formation n’est pas en reste et l’on sent le souci des Associations de former à moyen et long terme. Les écoles techniques se multiplient. Un prêtre rencontré nous a raconté qu’il tient une ferme très moderne, pour faire vivre sa paroisse, et pour former ses paroissiens. Il est aidé par une communauté de trois sœurs, qui assurent le suivi de la ferme et des élèves. « Fini, les méthodes archaïques, si l’on veut s’en sortir, il faut de la compétence. Il faut chercher, il faut inventer. » Il avait vu de beaux navets au monastère et en a demandé deux ou trois pour planter !

Le marché m’a aussi ouvert les yeux, et un peu déchiré le cœur.
Partout des petits vendeurs, bien emmitouflés dans une couverture pour lutter contre le froid et l’humidité. Juste les yeux et les mains qui dépassent pour voir et pour vendre. Des enfants de cinq ou six ans portant déjà le petit frère ou la petite sœur sur le dos sont là de bonne heure, le regard plein d’espérance, de lumière. Comment résister à acheter un kapok d’arachides ? En prime, un beau sourire et un grand « merci, vasa ! »

Le marché est le lieu de vie, on y vient à pied, avec le chargement sur la tête, faisant parfois 30 à 40 km… on en repart plus ou moins chargé, d’invendus, ou de produits achetés et chaque jour on recommence, d’un marché à l’autre.
Cette marche incessante ne peut que surprendre. Je m’entends encore demander, lors d’un déplacement en taxi-brousse, en pleine montagne : « Mais d’où viennent-ils et où vont-ils ? » Réponse non moins surprenante : « mais ils viennent de chez eux et vont au marché ! » Nos repères ne sont vraiment pas les mêmes ! 30 ou 40 km pour vendre quatre ou cinq canards et revenir chargé de riz, de bois ou de semences… voilà un jour réussi, un jour de joie. Joie qui se lit sur ces visages bien tôt ridés, burinés par le vent, la pluie et le soleil. Visages accueillants, ouverts, disponibles à la rencontre…

fibres d'aloès Passage du cyclone... Alphabétisation

HOSPITALITE

Ce n’est pas un mythe, mais une réalité.
L’accueil est au cœur de la vie, le cœur de la vie. Quand quelqu’un arrive, le cœur s’ouvre comme on ouvre une noix de coco pour donner le lait à boire, comme l’arbre du voyageur s’ouvre pour donner à boire de l’eau cachée en son cœur. Alors, tout le nécessaire devient l’essentiel pour l’hôte accueilli. L’eau, mais encore le riz, la poule, le fromage ou le vin… tout est offert, jusqu’à la petite arachide.
On en devient même inventif à souhait, et pour honorer un groupe de futurs diacres, nous avons réussi à confectionner au monastère un quatre quart, sans œuf et sans beurre ! Il suffisait de penser à un verre de lait pour les remplacer, et un peu d’amour pour battre la pâte afin qu’elle lève bien, un peu de cannelle et le tour fut joué et réussi ! Sans compter sur le four à bois… au thermostat peu constant !

Bénédictins de Mahitsy

J’ai largement bénéficié de cette hospitalité sans borne, aux mille et une petites attentions : du seau d’eau chaude au miel, en passant par les traductions des hymnes, des antiennes pour chaque office, sans oublier le casse-croûte pour les « sakafo » (repas) en taxi-brousse… et les draps à fleurs et le linge propre, et la fête du 14 juillet en fanfare... Mais encore le cours de malgache et l’initiation à la vaccination des poulettes, la visite à un village et le retour avec deux régimes de bananes…

Dans chaque communauté rencontrée (nos trois monastères, la communauté des frères cisterciens de Maromby et celle de nos frères bénédictins de Mahitsy), j’ai été reçue comme le Christ, en toute humanité et bonté.
Recevant plus que je ne pouvais donner et apprenant à donner en recevant avec simplicité, reconnaissance et joie.
Quelque chose d’enfoui dans, le cœur profond émerge : une joie simple, un bonheur sans pli, une liberté sans résistance. L’art de vivre l’instant présent en donnant et en recevant sans souci du lendemain. Nous sommes là aux antipodes de notre monde individualiste, bardé de précautions, de sécurité, au risque zéro…
Et l’envie vous prend de rêver un monde autre où l’hospitalité originelle donnerait la main à la compétence industrieuse ! Est-ce seulement rêve ?

A nous de créer des ponts, de semer et de réfléchir à l’avenir ! Comment transmettre nos valeurs et les mettre en commun ? Comment transmettre sans peur de se laisser dépasser, déposséder, voire dominer ? Comment mettre en commun des biens qui vont se perdre s’ils restent seuls ?

Comment allier nos richesses en luttant contre nos pauvretés ? Voilà bien des questions... et tant d’autres au regard de tant d’attentes…

Nénuphar : tout accueil ! tout ce qu'on a est partagé ! Une papaye pour qui arrive...

ESPERANCE

Un mot qui n’est peut-être que le fin fil de lumière qui a couronné chaque rencontre, chaque au-revoir. Oui, la terre malgache m’a paru pleine d’attente, pleine d’espérance, de ce cri qui déchire les cieux et qui appelle le reste du monde à se réveiller.
La paix est possible, mais pas encore là. La lutte contre la misère est possible mais pas encore vraiment programmée. La sécurité est possible, mais pas encore réellement sûre. L’avenir est possible, promis mais pas encore largement ouvert.
Voilà le puits d’espérance que tous cherchent, la paix, de quoi manger à sa faim, un avenir pour les plus jeunes, une stabilité politique… un vrai tournant pour une vie autre. Tous l’espèrent, tous la désirent ! je l’ai parfois palpé à fleur de chemins, je l’ai souvent entendue invoquer, elle est devenue mienne au fil des jours et aujourd’hui elle habite ma prière.

Ambositra, Vierge du Chapitre Mananjary : on y croit ! Construire sur le Christ !

SOURIRE

Les photos parleront plus que les mots… le sourire jaillit à tout instant, au cœur du quotidien.
Sourire et danse s’embrassent et vous embrassent comme justice et paix dans les psaumes, ou encore amour et vérité. Quatre mots qui vont bien ensemble en cette terre où l’on attend que le miel et le lait se remettent à ruisseler. Le sourire d’un enfant n’est jamais calcul mais Parabole, Parole et finalement Théophanie. Il m’a suffi de laisser ces sourires me toucher pour en mesure la fécondité sans rien chercher d’autre que d’être là et de les accueillir !

à Joffreville Sr Marthe, à Mananjary Bonjour, Vasa !

LABEUR

Ce mot m’est venu en traversant la Grande Ile, en vivant avec nos sœurs, en écoutant chacune, chacun. Labeur plus que travail pour la plupart. Labeur le long des routes, labeur dans les rizières, labeur au marché, labeur pour piler, labeur pour laver, labeur pour vivre et survivre, labeur pour s’adapter au temps, labeur pour construire l’avenir, labeur pour nourrir sa famille, labeur pour tenir l’espérance !
Nos sœurs participent activement à ce travail peineux de chaque instant qui arrache à la terre la subsistance du jour. Le travail de la terre requiert bien de la patience, bien des forces, bien de l’ingéniosité pour produire le nécessaire.

Jeune qui coupe des arbres Pas d’outil mécanisé et pas d’engrais… « On fait feu de tout bois », au sens propre et au sens figuré.
Du lait qui arrive, transformé en fromage, on récupère le petit lait pour nourrir les porcelets, là rien de bien étonnant, mais le transport de la fromagerie à la ferme… le petit lait dans un tonneau sur un chariot tiré et poussé par deux ouvriers qui ne ménagent pas leur peine, sur plus de 800 mètres, par tous les temps ! Petit détail qui illustre bien cette impression constante de labeur trop souvent, à mes yeux, démesuré.

femme qui part au travail Les femmes font preuve d’un courage infini, de chaque instant. A la fois effacées, mais constamment présentes, on les voit porter le dernier, le nourrir, assurer le marché, la lessive, le repas, entourées d’une petite nuée d’enfants, aller et venir la tête chargée, les bras encombrés, sans compter tout ce qu’elles assurent et qui ne se voit pas… Oui, j’ai rencontré bien des femmes laborieuses et si présentes !

Nos sœurs au monastère en sont des signes discrets mais bien vivants et efficaces.
Elles sont d’abord regardées, puis imitées. Elles jouent alors, sans le chercher, en étant simplement elles-mêmes, un rôle de formation humaine, spirituelle. Elles participent au développement et témoignent de l’impact social de l’Evangile. Tout n’est pas facile, tout n’est pas réussi, comme partout, mais on perçoit la sève chrétienne enfouie dans cette part laborieuse quotidienne, ainsi gonflée d’espérance, de foi et du sens de la solidarité, de la fraternité.
On vient au monastère chercher réconfort, conseils, forces et pas seulement un bol de riz. Une sœur est spécialement chargée d’accueillir les gens qui frappent au monastère, souvent des pauvres qui passent ou qui reviennent. Il faut savoir « donner une bonne parole » comme nous y invite saint Benoît, ce qui demande une grande compassion et une extrême maturité pour « donner cette bonne parole » à quelqu’un qui demande du riz et ainsi le réconforter, sans le blesser, sans le laisser partir dépité… Dans une journée, ce n’est pas un ou deux pauvres qui passent, mais souvent plus de dix !... Le labeur se fait alors fardeau en fin de journée et il est bon, voire essentiel, de le déposer dans la prière commune, de le confier à la puissance de la résurrection qui traverse le monde.
Nous le croyons et nos sœurs vivent de cette foi, dans la nuit de l’espérance.

Fromagerie à Ambositra Rizières à Mananjary Ouvriers à Joffreville

PERSEVERANCE

Le labeur de chaque instant demande bien de la persévérance et c’est sans doute ce qui fait la différence, entre deux familles, deux personnes, entre un labeur persévérant et un labeur ponctuel, qui ne sait pas durer.
L’avenir semble se jouer là, dans nos communautés.
Persévérer dans la prière,
persévérer dans l’amour mutuel,
persévérer dans la recherche du bien commun,
persévérer dans le travail bien fait,
persévérer dans l’accueil de l’autre différent,
persévérer dans les choix posés,
persévérer dans les relations engagées et dans la confiance donnée, mais aussi dans le pardon reçu et offert.

La persévérance n’est pas la vertu de tenir ce qu’on a mais c’est cette dynamique de force qui fait tenir dans la direction choisie. « Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être… » dit saint Paul. Belle définition de la persévérance qui devient alors appel !

Tri des hosties En mer, malgré le danger

COURSE

J’ai entendu dans les au-revoirs ce clin d’œil plein d’humour et d’affection : « il a bien fallu courir pour te suivre ! »
C’est vrai que nous avons vécu la session prévue dans chaque communauté à un bon rythme, un peu exigé par le temps limité et par le programme prévu. Nous avons bien couru ensemble, à la manière de saint Benoît « Courez pendant que vous avez la lumière de la vie » (RB) et nous avons ainsi ensemble cherché les outils utiles pour vivre cet amour mutuel qui cherche le bien de l’autre avant le sien et qui désire aller ensemble à la vie éternelle.

Chaque communauté avait ses questionnements et ses attentes : du silence à la conversion. Toutes les sœurs étaient habitées d’un grand désir et nous avons parcouru en nous hâtant quelques sentiers importants et essentiels pour progresser sur ce chemin de vie.

Avec les plus jeunes, nous avons cheminé d’un pas allègre, grâce à la traduction simultanée en malgache réalisée par Sr Scholastique, qui a vécu un an à Saint-Thierry. Nous avons ainsi revisité certains lieux fondamentaux comme la connaissance de soi, la vie de femmes consacrées, le chapitre sur l’engagement définitif, nos Constitutions, ou encore, le travail monastique, la vie fraternelle.

Quelle joie de sentir une soif réelle et une ardeur à chercher comment mettre en pratique ces appels ! Dieu est à l’œuvre…

Toujours plus vite ! mer de Mananjary Tabernacle de Mananjary

JOIE

Dernier mot, comme ce fut le thème du dernier jour de chaque session : « Joie imprenable ».

Oui, la joie a traversé ce séjour, car il habite le cœur de tous ceux que j’ai rencontrés. Joie imprenable et pour autant assez mystérieuse…

Comment imaginer parler de la joie, plongés dans la misère comme le sont tant de malgaches ?

Le secret de cette joie m’a paru venir de leur capacité à chanter, à chanter en toutes circonstances, à chanter avec force, voire violence, à chanter avec art, à chanter en improvisant, à chanter en tous lieux… dans le taxi-brousse pour accompagner la radio, dans les campagnes pour manifester la peine lors d’un décès, dans les églises pour dire sa foi, dans une rencontre pour partager sa fraternité, dans un au-revoir pour offrir sa reconnaissance…

Nos sœurs excellent dans l’art du chant et de la fête. Avec rien, on danse, on chante et on se réjouit ! Que de dons et que de vie ! Oui, le psaume 150 « que tout ce qui vit chante louange au Seigneur » traduit bien cette joie pascale, qui fait passer de la mort à la vie, de la misère au sourire, du labeur à l’espérance !

Puissions-nous en accueillir, recueillir et offrir quelques grains en notre cœur, en notre terre !

Soeur Marie-Madeleine (Saint-Thierry)

 
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