Bénédictines de Sainte Bathilde

HAITI : Message de Frère Anselme - dimanche 17 janvier 2009

jeudi 21 janvier 2010

QUELQUES NOUVELLES AU JOUR J+5 (dimanche 17)
envoyées aux monastères de la Congrégation de Subiaco

Merci à vous tous qui vous inquiétez pour Haiti et spécialement pour nous, Sans doute avez-vous appris par Landévennec ou d’autres voies que le monastère et ses habitants n’ont subi ni dégats corporels ni dégats matériels, bien que la 1ère secousse fut assez forte pour ébranler les batiments (nous sommes à une cinquantaine de km de l’épicentre). Dans la zone même, à ma connaissance actuelle, quelques dégats matériels légers : des maisonnettes dont une partie des murs se sont effondrés, mais rien à voir avec les cyclones précédents. Personnellement je n’ai pas réalisé à l’instant la réalité du séisme et encore moins son ampleur ! Trois de nos jeunes Frères, sans nouvelles de leur famille, sont partis à leur recherche à Port-au-Prince depuis vendredi matin et nous n’avons pas encore de nouvelles d’eux.

Les projecteurs sont braqués sur Port-au-Prince ou l’on craint jusqu’à 200.000 morts (la Croix Rouge dit : entre 50.000 et 200.000 ; en fait on ne saura jamais), mais il faut savoir que d’autres zones sont touchées, spécialement dans le Sud : la petite ville de Léogane, toute proche de l’épicentre serait détruite à 80 0/0 ; la ville de Jacmel est très sérieusement touchée, les villes des Cayes et Jérémie seraient atteintes, sans compter la campagne. Un téléphone en provenance d’une communauté située entre Léogane et Les Cayes me disait n’avoir rien de grave.

Les informations sont très difficiles à obtenir et vous êtes peut-être mieux au courant que nous par les radios étrangères (nous écoutons Radio France Internationale qui donne des flash) car peu de radios locales fonctionnent encore. Sur les 4 opérateurs téléphoniques nous n’avons de liaisons épisodiques qu’avec 2 d’entre eux. L’Internet s’est rétabli, mais pas tout le temps, et nous sommes chargés de donner du courant à l’antenne installée chez nous, mais nos réserves de gasoil sont faibles. Les vols commerciaux sont évidemment suspendus pour laisser place aux vols humanitaires et militaires. La plupart des grands batiments se sont effondrés à Port-au-Prince ou sont très endommagés : le Palais National, les Ministères, beaucoup d’écoles... Le Président a du établir son siège dans un Commissariat proche de l’aèroport, mais je ne sais rien du Gouvernement, combien de ministres sont vivants ? et que peuvent-ils faire avec des structures écrasées ?

L’Eglise en HaIti paie un tribut très lourd, à Port-au-Prince. Nous sommes en lien avec les missionnaires francais, Pères de S. Jacques, dont l’un de leurs séminaristes est mort. Ils abritent 70 personnes chez eux, dont un certain nombre de blessés soignés par des médecins bénévoles dont certain(e)s ont travaillé 48 h. d’affilée. Ils nous ont demandé d’accueillir pour un temps 25 "enfants des rues" de leur Foyer de la Caritas de S. Antoine qui s’est effondré (tout comme l’église). Notre archevêque, son chancelier, un Vicaire général et sans doute d’autres personnes, sont mortes dans l’effondrement de l’archevêché, la cathédrale, toute proche, est bonne à être rasée tout comme l’église du Sacré-Coeur et son presbytère. Les Filles de Marie du Bel-Air sont très éprouvées : seules 3 indemnes,16 mortes sous les décombres, une douzaine blessées (dont plusieurs très graves), soignées au ’mouroir’ des Soeurs de Mère Térésa. Nous ne savons rien pour leurs autres communautés d’Elie-Dubois, du CEFES, de Pétionville. Des batiments des Petites Soeurs de Ste Thérèse à leur maison-mère de Rivière Froide près de Carrefour ont enseveli un grand nombre de Soeurs. Le gros collège S. Francois et la résidence des Soeurs proche des Pères de S. Jacques, sont en partie gravement endommagés. La ’Villa Manrèse’ tenue par les Clercs de S. Viateur et dominant la ville s’est effondrée tuant ses rèsidents. Par contre la grosse maison d’accueil des Filles de la Sagesse, à Carrefour - ou j’ai participé à de nombreuses r/unions - a tenu le coup, mais leur maison des anciennes, juxtaposée au batiment principal s’est effondrée avec ses locataires. Le collège Ste Rose de Lima des Soeurs de Cluny et la grosse maison principale des Soeurs de la Charité de S. Louis sont debout, mais je ne sais pour leurs autres maisons et écoles. De même la maison des Filles de Jésus, de Kermaria, (dans laquelle je connais 2 Soeurs depuis 35 ans). Mais le vieux collège S. Louis de Gonzague du centre ville n’est plus, entrainant la mort du Frère Joseph Bergot, FIC, que je connaissais bien. Je ne sais rien pour leurs autres implantations : près de la cathédrale, à Delmas et à Pétionville. Les Soeurs ICM - que nous connaissons bien - sont sauves mais leur maison n’est plus habitable, de même pour les Soeurs de S. Paul à Prédailler, au dessus de l’aéroport, par contre leurs communautés de Thomassin, au dessus de Pétionville, et de Cabaret et Arcahaie, proches de nous, vont bien. Nous abritons 6 étudiants Rédemptoristes chappé de justesse à l’effondrement de leur maison. Dernière mauvaise nouvelle : le CIFOR - ou j’ai donné des cours pour les religieux - flambant neuf et venant tout juste de fêter ses 10 ans, s’est effondré comme chateau de cartes, écrasant le minibus des étudiants monfortains. De même les deux séminaires diocésains, entrainant la mort de plusieurs séminaristes (dont 7 pour un seul diocèse).

Mais le pire est à venir : alors que les secours internationaux affluent à l’aéroport, ils ne peuvent parvenir aux victimes faute d’organisation et de moyens logistiques. Les gens dorment dans la rue et manquent d"eau et de nourriture. L’odeur des cadavres empuantit la ville, qui cependant, dans la journée, ne donne pas l’impression d’une ville morte car les gens vont et viennent. d’après ce que l’on me rapporte. Plus de marchandes dans les rues, alors que la semaine précédente, Port-au-Prince était une "ville marché". Beaucoup de magasin sont par terre, ainsi que tous les grands super-marchés retenant prisonniers des survivants qui risquent d’[etre secourus trop tard. Les détenus se sont échappés des prisons et la police est décapitée. Aux "émeutes de la faim" et scènes de pillage s’ajoute l’insécurité grandissante. Les rares pompes d’essence sont assaillies. Ceux qui peuvent quitter la ville retournent dans leur famille de province.
On attend pour demain 10.000 soldats américains, vont-ils pouvoir mettre de l’ordre dans ce chaos ? Espérons !

Si vous souhaitez aider depuis la France, la meilleure manière à mon avis est de prendre contact avec les Pères de S. Jacques en Bretagne ;
site : www.missionnaires-st-jacques.org
E-mail : rlgoff@wanadoo.fr
Téléphones : 02 98 68 72 76
Fax : 02 98 68 64 34 _ Poste : BP 40319 - 29403 LANDIVISIAU cedex _ Vous pouvez diffuser ce Mail. Un grand merci à tous (excusez les accents manquants, la E-machine est américaine)

fr Anselme

 
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