Bénédictines de Sainte Bathilde

L’UNITÉ DE L’ÉGLISE

mardi 29 janvier 2019

Quand les divisions sont si apparentes, parler d’unité semble illusoire ou utopique. C’est pourtant ce que fait Cyprien de Carthage, dans un 3e siècle déchiré par des luttes de toutes sortes.

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Cyprien pose sans naïveté la question de l’unité : l’Église catholique (c’est-à-dire universelle) est une parce que « son unité vient de cette unité qui est en Dieu, et elle est liée au mystère du Ciel. Si on croit cela, est-ce qu’on peut la diviser, la déchirer par des disputes ? »

Oui, mais les divisions existent, on ne peut le nier : d’où viennent-elles ? Sans éluder le problème, Cyprien en pointe sans concession les causes les plus manifestes.

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Ce livre est édité aux éditions SAINT-LEGER, dans la Collection La Manne des Pères (n°17).

Pour une présentation de la Collection :

CONNAÎTRE LES PERES DE L’EGLISE : UNE DEMARCHE OECUMENIQUE

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Cyprien naît au début du 3e siècle, à Carthage, la ville la plus importante de l’Afrique du Nord. Il mourra, martyr, le 14 septembre 258.

Sa famille n’est pas chrétienne et c’est seulement quand il a environ 35 ans qu’il est baptisé. Peu de temps après, le peuple de Carthage le choisit comme évêque.

L’époque est particulièrement difficile ; l’empereur romain Dèce a déclenché la première des grandes persécutions s’étendant à tout l’empire.

À l’intérieur de l’Église aussi, l’unité est menacée, en particulier par un grave conflit : peut-on réintégrer dans la communion de l’Église les chrétiens qui ont renié le Christ au cours des persécutions ?

Cyprien met toute son énergie à chercher la réconciliation, dans la vérité et la charité ; l’unité est le but qu’il ne cesse de montrer. La miséricorde étant plus forte que le péché, les apostats peuvent être reçus de nouveau dans la communauté, mais l’évêque rappelle aussi la nécessité d’une pénitence publique.

Dans le Traité sur l’Unité de l’Église, rédigé en 251, Cyprien développe fermement ces thèmes. Par-delà la question, alors brûlante, de la place de ceux qui sont tombés, c’est de l’Église qu’il parle avec passion.

Elle tire son origine de l’union du Père, du Fils et de l’Esprit. Elle est une et cette unité doit se manifester par l’union des évêques entre eux et des chrétiens avec leur évêque.

Elle est « un corps qui ne peut pas être divisé ».

Cet ouvrage a eu une grande influence en son temps et ensuite. En effet, Cyprien de Carthage a été le premier Père à écrire sur le mystère de l’Église. Le Concile Vatican II s’en est beaucoup inspiré.

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QUELQUES EXTRAITS


(6) Celui qui brise la paix et la concorde du Christ agit contre le Christ. Celui qui rassemble en dehors de l’Église, celui-là sème la division dans l’Église du Christ.

Le Seigneur dit encore : « Mon Père et moi nous sommes un »

(Jean 10, 30).

D’ailleurs, à propos du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, on lit : « Et les Trois sont un » (1 Jean 5, 7).

Cette unité a sa source dans la stabilité de Dieu et elle nourrit son entente par les sacrements du Ciel.

Qui peut croire alors qu’on peut la diviser, la déchirer par des disputes ?

Celui qui ne respecte pas l’unité de l’Église, ne respecte pas non plus la loi de Dieu, ni la foi au Père et au Fils. Il ne garde pas la vie de Dieu en lui, il ne peut pas être sauvé.

Le vêtement sans couture du Christ

(7) Dans l’Évangile, il y a une image de ce mystère de l’unité, du lien de cette entente qui doit être indestructible :

c’est le vêtement sans couture de notre Seigneur Jésus Christ. Il n’est pas divisé ni déchiré, mais on le tire au sort pour savoir qui de préférence doit revêtir le Christ ;

ce vêtement est reçu intact, on le possède sans qu’il soit abîmé ou divisé.

En effet, on lit dans les Livres Saints (Jean 19, 23) : « C’est un vêtement sans couture, il est fait depuis le haut non pas de morceaux cousus, mais d’un seul morceau de tissu.

Ils se disent entre eux : "Ne le déchirons pas, mais jetons les dés pour savoir qui aura ce vêtement" ».

Le Christ portait sur lui l’unité qui vient d’en haut, c’est-à-dire qui vient du Ciel, par le Père.

Celui qui reçoit cette unité et la possède ne peut pas la déchirer, mais il l’obtient tout entière, une fois pour toutes, solidement.

Celui qui déchire et divise l’Église ne peut pas posséder le vêtement du Christ.

le peuple du Christ ne peut pas être déchiré.

Le vêtement du Christ, tissé d’un seul morceau et sans couture, ne peut pas être divisé entre plusieurs : il est un, d’un seul morceau, d’un seul tissu.

Il représente l’unité et l’entente de notre peuple, à nous qui avons le Christ pour vêtement (voir Galates 3, 27).

Par le mystère de ce vêtement et par ce signe, le Christ montre l’unité de l’Église.

L’unité de Dieu est indéchirable

(8) Qui est assez traître et manquer à ce point de foi, qui est assez aveuglé par la colère et la dispute pour penser qu’on peut déchirer l’unité de Dieu,

pour oser déchirer l’unité de Dieu, le vêtement du Seigneur, l’Église du Christ ?

Le Seigneur lui-même nous avertit dans l’Évangile, et nous enseigne par ces paroles :

« Il y aura un seul troupeau et un seul berger » (Jean 10, 16). Est-ce qu’il peut y avoir dans un seul endroit plusieurs troupeaux ou plusieurs bergers ? Peut-on le penser ?

L’apôtre Paul dit la même chose avec beaucoup de force : « Frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, je vous le demande : soyez d’accord, ne vous divisez pas ! Soyez très unis, ayez un même esprit et une même pensée » (1 Corinthiens 1, 10).

Et encore : « Supportez-vous les uns les autres avec amour. Cherchez toujours à rester d’accord. C’est l’Esprit qui unit en donnant la paix » (Éphésiens 4, 2-3).

Quand tu abandonnes l’Église en t’éloignant d’elle, pour faire ailleurs ta petite église, est-ce que tu crois que tu vas pouvoir rester debout et vivre encore ?...

Dans le livre de l’Exode, l’agneau de la Pâque mangé dans la même maison est l’image du Christ, notre Agneau pascal, mort sur la croix. Dieu le dit :

« Il faut manger l’agneau de la pâque dans une seule maison, il ne faut rien en jeter dehors » (Exode 12, 42).

Le Corps du Christ, ce don très saint du Seigneur, ne peut pas être jeté dehors.

Pour les chrétiens, il n’y a pas d’autre maison que l’unique Église. L’Esprit Saint nous montre cette maison, ce lieu où tous ont un seul cœur, quand il dit dans le livre des Psaumes :

« Dieu fait habiter dans la maison des cœurs étroitement unis » (Psaume 67/68, 7).

Dans la maison de Dieu, dans l’Église du Christ, les chrétiens habitent avec un seul cœur :

là ils vivent tous ensemble, bien d’accord et dans la simplicité.

 
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