Bénédictines de Sainte Bathilde

La session du DIM européen francophone à Landévennec, 16-21 octobre 2010

samedi 13 novembre 2010

Henri Le Saux, Swami Abhishiktananda 1910-2010
Un moine bénédictin à la rencontre de l’hindouisme

Comme tous les deux ans, les « personnes-contact » des monastères du DIM européen francophone (France, Belgique, Suisse) se sont retrouvées avec joie à l’Abbaye bénédictine de Landévennec pour leur session de formation. Cette fois la session prit la coloration d’un mini-colloque en l’honneur du 100° anniversaire de la naissance du moine bénédictin de Kergonan, Henri Le Saux, parti en Inde en 1948.

Les grèves françaises ne purent stopper l’élan de tous ces moines et moniales passionnés de dialogue interreligieux, et c’est ainsi que 22 monastères furent représentés avec 24 moines et moniales.

A ce groupe s’ajoutaient 9 laïcs : 5 intervenants et des journalistes (« Le Jour du Seigneur » et « La Vie »).

La beauté du site de Landévennec avec la mer et ses levers et couchers du soleil somptueux, la belle liturgie aux offices et la célébration de l’Eucharistie chaque jour, et la fraternité de la communauté qui nous accueillait contribuèrent au bon déroulement de ce séjour. L’accueil se fit durant l’après-midi du 16, et la session débuta le dimanche 17 par l’accueil de tous et l’ouverture de la session par S. Marie Pinlou, Président du DIM-France et le frère Daniel Pont, coordinateur des commissions européennes.

La première intervention fut celle du P. Jacques Scheuer SJ, Indianiste, bien connu du DIM, professeur à Louvain la Neuve et engagé aux « Voies de l’Orient » de Bruxelles ; il nous fit un exposé sur « La figure du renonçant dans la spiritualité hindoue », renonçants (samnyasin) dont l’existence remonte au V° VI° siècles av. notre ère. Malgré la complexité du sujet sa conférence nous fit entrer dans un exposé fort clair du Sanatana Dharma appelé par les occidentaux : l’Hindouisme. Le soir du même jour, eu lieu les réunions des Commissions européennes du DIM, par pays.

Le lendemain, lundi 18, ce fut autour de Madame Françoise Jacquin, historienne, qui participa autrefois au « Cercle saint Jean-Baptiste » avec le P. Daniélou, puis se spécialisa dans l’étude des deux éminents artisans du DI, l’Abbé Jules Monchanin et Louis Massignon, de faire un exposé fort captivant sur « Figures des deux fondateurs du Shantivanam ». Elle souligna combien le P. Monchanin fut « le prêtre des frontières » rappelant cette réflexion d’ Henri de Lubac à son sujet : « Ce prêtre génial qui était un mystique et un saint ». Lorsque Jules Monchanin arriva en Inde en 1939, huit ans avant le P. Henri Le Saux, il avait déjà 44 ans ; Henri Le Saux qui arriva en 1948 était plus jeune. Françoise Jacquin exposa avec beaucoup de délicatesse les relations plus ou moins faciles de ces deux fondateurs jusqu’à la bénédiction du Saccidânanda Ashram du Shantivanam en 1950 et l’arrivée du P. Francis Mahieu en 1955 qui, lui, fondera le Kurisumala Ashram. Françoise Jacquin est responsable de « l’Association Jules Monchanin – Henri Le Saux » depuis 1995.

L’après-midi, ce fut notre fr. Antoine Desfarges du Bec Hellouin, qui donna un aperçu de « Henri Le Saux écrivain » et nous présenta les livres de Henri Le Saux - Swami Abhishiktananda, quasiment introuvables aujourd’hui et qui devraient être réédités sous la responsabilité du DIM. Suivi un exposé du fr. Daniel Pont d’En Calcat, qui permit à l’assemblée monastique d’avoir un aperçu du colloque sur Le Saux, au Shantivanam en janvier de cette année et où participèrent cinq d’entre nous. Le soir, fr. Antoine présenta un diaporama de notre voyage en Inde en janvier et la communauté des moines de Landévennec y fut invité. L’office de complies fut chanté sur le lieu même, ce fut un soirée joyeuse et bien fraternelle.

La journée du mardi 19, ce fut le tour de deux indianistes. Tout d’abord Madame Colette Poggi, spécialiste du Shivaïsme du Cachemire, professeur de sanscrit et dont le titre de la conférence s’intitulait : « Itinéraire spirituel de Henri Le Saux ». Elle nous fit jongler avec les mots, nous aidant à entrer dans la richesse de chaque terme hindou : Sat (un être au présent, un étant,), buddhi (intuition, faculté d’éveil, acte d’éveil), camatkara (émerveillement, expansion de conscience, passer du deux à l’un), vak (la parole, inexprimée, intemporelle), shanti (paix), utmani (dépassement), lila (voilement, dévoilement, jeu de l’Esprit). Le terme antara marga (l’Autre Rive), nous conduisit à Le Saux et au OM, le son primordial, son ininterrompu qui représente l’idée d’éternité. Il symbolise les trois mondes : le Ciel, la terre, l’Espace intermédiaire ; ainsi que les trois divinités : Brahmâ, Vishnu, Shiva. Nous eûmes là, comme avec Jacques Scheuer, un cours magistral d’hindouisme qui ouvrit les yeux et les oreilles à ceux d’entre nous qui ne savaient pas encore grand chose de l’hindouisme.

L’après midi fut consacrée au témoignage de Bettina Baumer, (autrichienne) indianiste, spécialiste en philosophie des religions de l’Inde, et spécialement du Shivaïsme du Cachemire, traductrice de plusieurs Upanishad, spécialiste en mystique comparée et art indien disciple de swamiji (titre respectueux donné à un moine hindou et qui fut attribué à Le Saux par ses amis proches).

Ce fut un moment attendu, car rien ne remplace le témoignage de ceux qui ont pu fréquenter longtemps swami Abhishiktananda (Swamiji pour les plus intimes).

Bettina Baumer rencontra d’abord une première fois Raimundo Panikkar à Salzburg en Autriche, avant qu’il ne parte enseigner à Rome. A Rome où elle le suivit, R. Panikkar lui donna le premier livre de Abhishiktananda, Ermites du Saccidânanda (en français), ce qui lui « donna le feu ». C’était alors une étudiante de 23 ans et elle fut littéralement attirée par le désir de la rencontre de cet ermite du sud de l’Inde. Son premier voyage en Inde devint possible en novembre 1963 où elle rencontra Abhishiktananda dans son Shantivanam Ashram. Le contact intérieur fut immédiat, et elle fut impressionnée par l’extrême simplicité de sa vie. Elle s’installa définitivement à Varanasi (Bénarès) en 1967 après avoir termina sa thèse, et continua à travailler avec R. Panikkar installé aussi à Varanasi. Swamiji les visita chaque fois qu’il prit la route du sud ver l’Himalaya ; ce fut toujours d’intenses discussions et de partage spirituel avec Panikkar, elle-même et quelques amis. Swamji célébra là des liturgies inoubliables à la manière indienne dans la chapelle des Petites Sœurs de Jésus au bord du Gange. « La messe n’est pas obtenir quoi que ce soit –ni la communion, car j’ai tout dès l’instant que je suis-, mais comme expression de mon être, comme attente et approche de l’instant qui vient dans l’instant qui est, à la façon dont je respire dans la force de cet instant-ci, amenant aussi ma présence à l’instant qui vient », disait Swamiji. (cf. Journal p. 396).

C’est ainsi que Bettina témoigna, à partir de ses 40 lettres que Swamiji lui envoya. Lettres qui toujours contenait cette indication : « Que l’Esprit vous perde dans le fond ». Swamiji témoignait que « la Résurrection c’est l’Eveil à l’Au-delà ». Bettina fit apparaître surtout sa personne, l’homme simple et simplifié, que fut swami Abhishiktananda ; « bien qu’il fut mon guru », disait-elle « on ne trouva jamais en lui de condescendance ».

Ce témoignage fort et émouvant fut comme le point d’orgue de cette session …. Le silence et la prière nous habita pour le reste de la journée.

Même si, le soir, le professeur Fabrice Blée de l’Université St Paul d’Ottawa-Canada nous partagea son « Exil et rencontre » … nous étions tous « perdus dans le fond » !

Le mercredi 20 fut la journée assez extraordinaire du pèlerinage à l’Abbaye de Kergonan, monastère d’origine de Le Saux. C’était la première fois que Bettina Baumer y venait ; « un pèlerinage à l’envers » nous disait-elle. L’accueil du Père Abbé et de la communauté fut à la hauteur de son émotion et de la nôtre ! Après notre arrivée vers 10h30, et un accueil chaleureux qui prit du temps, la messe à 11h avec une inoubliable homélie du P. Abbé, nous fûmes invités à un déjeuner avec tout la communauté de Kergonan où un immense buffet fut dressé dans une salle et ou chacun pouvait ensuite s’asseoir à une table qui portait l’un ou l’autre nom : « Henri Le Saux » « Jules Monchanin », « Swami Abhishiktananda », « Saccidânanda Ashram » etc. … Ce fut un repas fraternel fort joyeux. Après l’Office de None à l’Eglise, un diaporama de photos inédites du P. Le Saux fut projeté et commenté par le P. Xavier Perrin. Puis, une évocation-témoignage de la présence du P. Le Saux fut faites par le P. Robert Williamson qui connut le P. Henri Le Saux durant une année avant qu’il ne parte de Kergonan en 1948. Il nous dit combien Le Saux fut « un moine estimé et aimé mais incompris au moment de sa décision ; les moines étaient dans l’ignorance et disaient : Ou c’est un lâche ou c’est un saint’ ; je gardais en moi-même le secret de son départ. C’est mon père, qui, venu me voir a accompagné Le Saux à la gare d’Auray. Je suis ainsi le dernier à avoir vu Le Saux et à lui avoir parlé avant son départ de Kergonan. Je peux dire que deux hommes m’ont marqué durant ma première année monastique : l’abbé Paul Couturier et le P. Henri Le Saux. N’oublions pas ce que disait Le Saux : « la vraie religions est au-delà des religions ». « Tant d’années d’incompréhension et aujourd’hui cette reconnaissance … c’est une réparation… » nous dit ce P. Robert fort ému.

Puis, nous partîmes tous à pieds, à travers la clôture des moines, à l’Abbaye Saint Michel pour rencontrer les sœurs. Nous fûmes accueillis par la Mère Abbesse et quelques « déléguées » de la communauté, dans le chantier de l’Eglise ! Nous visitâmes le chantier au milieu des ouvriers, ainsi que leur future bibliothèque en chantier également. Nous fûmes invités à assister aux Vêpres dans leur chapelle provisoire avec, entre nous et elles, une immense grille jusqu’au plafond. Ensuite, nous partageâmes un délicieux goûter toujours dans la partie de cloître en chantier et une sœur, huchée sur un tabouret, donna un témoignage sur la S. Marie-Thérèse, propre sœur de Le Saux, qui fut moniale dans cette Abbaye.

Nous reprîmes le bus qui nous avait conduit à Kergonan et nous fîmes une escale bien appréciée au bord de l’Océan ; nous pûmes marcher sur la plage, en silence, respirant le large et méditant « toutes ces choses » dans notre cœur…

S. Samuel Nougué-Debat, osb Martigné-Briand

Télécharger l’homélie :

PDF - 163.8 ko
Homélie
 
© 2017 - Congrégation Sainte-Bathilde | Contact par email |  Mentions légales