Bénédictines de Sainte Bathilde

Mystère de l’attente

vendredi 30 mars 2018

Le Christ « trois jours dans le tombeau souffrit de demeurer ». Par ces trois jours d’attente réelle, Il assume toute l’attente anxieuse, douloureuse, du monde.


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De même que chez les hommes qui sont amoureux, quand la passion d’amour excède les cœurs qui la contiennent et devient plus grande qu’eux, elle les fait sortir d’eux-mêmes, de même son amour pour les hommes a vidé Dieu . Car il ne demeure pas chez lui en appelant à lui l’esclave qu’il a aimé, mais il descend lui-même le chercher ; le riche vient dans le gîte du pauvre ; s’étant approché, il déclare lui-même sa passion et réclame même chose en retour ; repoussé, il ne se retire pas ; outragé, il ne s’irrite pas ; chassé, il s’assied à la porte ; il fait tout pour montrer qu’il aime ; il supporte les souffrances qu’on lui inflige et il meurt.   Deux choses révèlent celui qui aime : faire du bien à celui qu’il aime et souffrir des épreuves terribles pour lui. La seconde sorte d’amitié est plus forte mais impossible pour Dieu.

Sa passion d’amour était extraordinaire mais il n’avait aucun signe pour la manifester. Or il fallait ne pas laisser caché un amour si ardent, mais nous faire expérimenter cette charité extrême et nous montrer, en aimant, la cime de l’amour. Il imagine cette kénose, il la réalise et il s’arrange pour être capable de supporter et de souffrir des épreuves terribles ; ayant ainsi convaincu, par les souffrances qu’il a endurées, de la grandeur singulière de son amour, il retournera vers lui-même celui qui fuyait le très bon parce qu’il s’en croyait haï.

Nicolas Cabasilas [Vie en Christ, VI, 12-13]

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Le troisième jour

« Le troisième jour, Abraham vit le lieu » (Gen 22). Le troisième jour, le Christ est ressuscité. C’est après trois jours que Marie et Joseph retrouvent l’Enfant à Jérusalem.

Quand, pendant trois jours, nous cherchons, nous prenons la mesure de la souffrance. Quand le coup est porté, la brutalité du choc d’abord nous anesthésie, ou bien la grâce de l’acceptation nous soulève. Et puis nous entrons dans la durée, dans l’éternité de ces trois jours – bien sûr ce n’est pas l’éternité, mais la chair à l’agonie, enfermée dans l’instant qui semble ne plus jamais devoir finir, ne plus s’ouvrir sur rien, tremble au bord du gouffre…

Quelles furent les pensées d’Abraham au long des trois journées de marche, de bivouacs sous les étoiles ? Il faut attendre l’aveu de la Mère de l’Espérance pour les comprendre un peu : « Vois, ton père et moi Te cherchons dans l’angoisse ».

Trois jours pour miner l’espérance, puisque c’est l’enfant de la promesse qu’on voit disparaître, puisque Dieu qui a donné, qui a promis (avions-nous bien entendu ?), maintenant se tait.

Lorsque, au troisième jour, les femmes se rendent au tombeau, elles ont eu le temps d’être déchirées par le désespoir. Nuit et jour, la douleur a labouré leur cœur. Trois jours pour laisser pénétrer la souffrance, pour qu’elle devienne cet état de faiblesse et de vérité. Il faut (les mystérieux il faut de l’Écriture) que la douleur pénètre en nous pour de bon et il y faut cette chose créée, proprement humaine qu’est le temps. Pourquoi ? Il n’y a pas de réponse hâtive…

Lorsque Jésus apprend la maladie de Lazare, Il attend. Pourquoi ? Bien sûr, nous, maintenant nous répondons facilement : Lazare devait être un signe de la Résurrection qui se déploierait dans Jésus. Mais fallait-il laisser ainsi attendre les deux sœurs ? Encore et toujours ces mystérieux trois jours, et bel et bien accomplis cette fois, où se consomme la souffrance.

La nuit est venue sur la ville au soir du vendredi. Le soleil s’est couché, s’est levé le lendemain matin, mais Jésus n’a pas paru. De nouveau un jour a coulé.

Pourquoi l’absence ? pourquoi l’attente ? Il a laissé Lazare au tombeau, Marthe et Marie dans le deuil, parce qu’il fallait que Lui-même attende dans la tombe.

Ne passons pas trop vite du Golgotha au tombeau vide. Le Christ « trois jours dans le tombeau souffrit de demeurer ». Lui-même attend ! Par ces trois jours d’attente réelle, Il assume toute l’attente anxieuse, douloureuse, du monde.

La souffrance est un mystère incontournable et ce n’est pas parce que la foi le confesse qu’elle cesse d’être douloureuse et surtout pierre de scandale pour tant et tant.

Les trois jours sont caractérisés toujours par le silence. Nous ne savons pas ce que disent, font, pensent, ceux qui passent par ces trois jours. C’est le rien du Samedi Saint. Dans le silence des morts, le Christ a attendu l’Heure, avec les morts de jadis, avec les morts de tous les temps. Il a connu ce que nous redoutons tellement, l’absence.

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Pour l’ensemble des Jours Saints : Pâque juive, Pâques chrétienne

 
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