Bénédictines de Sainte Bathilde

PÂQUES !

lundi 22 avril 2019

Après avoir médité les JEUDI et VENDREDI SAINTS, nous sommes entrés dans la grande joie pascale !

SAMEDI SAINT

Samedi, Shabbat, le jour où tout travail, toute agitation cessent… Dans la Ville, le calme est venu ; les femmes qui ont accompagné Jésus jusqu’au tombeau où on l’a déposé en hâte, avant la tombée de la nuit (car le Shabbat commence la veille, quand le jour baisse) restent à la maison, attendant dans la douleur de pouvoir revenir près du corps et finir les rites d’ensevelissement. Elles se taisent, souffrant et espérant.

Grand silence du Samedi Saint. Ce creux dans le temps est très important : on ne fait rien, on attend… Cela signifie que Jésus a été vraiment homme : il est mort, a été mis dans une tombe et ses amis ont pleuré, éprouvé le vide de son absence.

"Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie :

"Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort... Dieu s’est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers."

(Méditation de Benoît XVI)

Mais déjà les préparatifs de la veillée pascale commencent ! Elle est parfois célébrée assez tôt, pour des raisons pratiques ; pourtant il faudrait vraiment attendre ! C’est dans la nuit, ou même tôt le matin, que se lance le cri : Le Christ est ressuscité !

Pourquoi ? Parce que c’est dans la nuit qu’il s’est levé du tombeau, et c’est notre nuit qu’il vient illuminer de la joie de sa résurrection. Voilà pourquoi nous le célébrons « au milieu de la nuit ».

PÂQUES

Nuit de Pâques...

« A travers la fenêtre, sans rideau, depuis longtemps je vois une petite étoile me luire. Je ne dors pas. Mais entre le Samedi-Saint et Pâques, la nuit n’est pas faite pour dormir ! » C’est le début d’un poème de Paul Claudel (vous le retrouverez à la fin de ces pages).

LITURGIE DE LA LUMIERE

« Ô nuit qui nous rend la grâce et nous ouvre à la communion des saints, nuit où le Christ brisant les liens de la mort, s’est relevé victorieux des enfers. (...) Ô nuit bienheureuse où se rejoignent le ciel et la terre, où s’unissent l’homme et Dieu » (Exsultet de la nuit de Pâques).

Le célébrant allume le cierge pascal (qui représente le Christ) au feu nouveau, symbole de la lumière qui renaît dans la nuit : ainsi commence la Vigile pascale, que saint Augustin appelait « la mère de toutes les saintes veilles ».

Nous entrons ensuite en procession dans l’église, encore sombre, mais qui, peu à peu, s’éclaire des petites flammes des cierges que nous tenons à la main et dont la lumière se transmet joyeusement. Nous voilà tous installés pour une longue veillée, mais le temps va passer très vite !

Le diacre, ou le célébrant, entonne l’Exsultet : c’est un chant très ancien, solennellement proclamé. Je ne vais pas vous le recopier en entier (vous en avez quelques lignes juste au-dessus), mais vous pouvez le retrouver dans un missel. Si vous le lisez, surtout imaginez que vous le chantez : il est fait pour cela !

LITURGIE de la PAROLE

Tous assis, nous sommes prêts à écouter et revivre les grandes étapes de l’Histoire Sainte, c’est-à-dire, finalement, notre histoire humaine : Dieu n’a jamais cessé de veiller, d’être avec nous, et cette nuit, nous nous en émerveillons ensemble, en relisant cette longue histoire du salut.

Et elle n’est pas finie : elle se prolonge encore aujourd’hui ! Même quand tout paraît perdu (souvenons-nous de la sortie d’Egypte), que le mal semble le plus fort (la Bible est remplie de récits de guerres où le peuple est écrasé), que nous ne sommes plus très sûrs de croire en Dieu, il est là.

Pensons aux veillées d’autrefois, quand, au coin du feu, on écoutait les vieux récits, des histoires que l’on connaissait par cœur, mais qui retrouvaient chaque fois une vigueur nouvelle. Pensons au repas du seder juif au cours duquel le plus jeune interroge le plus âgé et lui fait raconter le récit de la Pâque.

Nous pouvons penser aussi aux pèlerins d’Emmaüs. Vous vous rappelez ? Deux hommes marchent sur la route d’Emmaüs : ils sont complètement découragés parce que Jésus, en qui ils avaient mis tant d’espoir, est mort. Soudain, ils rencontrent un inconnu qui, voyant leur tristesse et leur doute, se met à leur expliquer « les Ecritures », les textes de la Bible. Il leur apprend à lire les Ecritures et à reconnaître que c’est bien Jésus qu’il faut y découvrir, Jésus dans son mystère pascal. Jésus qui est l’image du Père, c’est-à-dire qui, dans ses gestes d’homme, nous montre l’amour de Dieu. Avec l’inconnu du chemin, les deux marcheurs vont recevoir une leçon de lectio divina !

On connaît la « lectio divina » (en français, on pourrait traduire : lecture de la Parole de Dieu) ; c’est une pratique très ancienne, que les moines et moniales ont gardée : on lit, on relit, on prie, on étudie, on fait descendre dans son cœur le texte de la Bible et peu à peu, comme pour les disciples d’Emmaüs, « le cœur devient tout brûlant et on reconnaît Jésus » !

On peut vraiment dire que, durant la Vigile pascale, nous faisons ensemble un temps de lectio divina.

Il y a en fait une huitième lecture, un extrait de la lettre de saint Paul aux Romains : on va la lire bientôt. Avec saint Paul qui parle du baptême (notre grande « plongée » - c’est le sens de baptiser – dans la mort et la résurrection du Christ), nous voici dans le Nouveau Testament, écrit après la Résurrection. Nous sommes passés de l’attente à l’accomplissement.

Ce passage, dans la Vigile pascale, va bel et bien être manifesté. Comment ?...

Les cloches !

Elles sont revenues ! Vous connaissez la vieille tradition de ne plus sonner les cloches à partir du Jeudi Saint ?

[En Italie, le Jeudi saint, en signe de deuil, on attache les cloches des églises pour éviter qu’elles ne sonnent. A Pâques, les cloches, libérées, peuvent de nouveau sonner. En France, on prétend que les cloches s’en vont à Rome et, le matin de Pâques, elles reviennent en carillonnant pour annoncer la joie de la résurrection du Christ. A Rome, elles se sont chargées d’œufs de Pâques qu’elles répandent à leur retour dans les jardins !]

Les voilà donc qui sonnent à nouveau en cette nuit très sainte, et clament la joie du Christ vainqueur de la mort ; elles chantent, et nous aussi nous chantons ! Le temps nouveau est là ! Tout peut être à la joie.

En même temps que les cloches, nous retrouvons le Gloria (Gloire à Dieu au plus haut des cieux) que nous avions laissé, lui, au début du Carême. Oui, le chant se déploie, les cloches carillonnent ! Nous sommes complètement réveillés et nous la sentons monter, cette joie qui bientôt va éclater pleinement !

La lettre de S. Paul, dont nous venons de parler, est un nouveau pas, et tout va jaillir avec

l’Alleluia !

Comme le Gloria, il avait disparu lui aussi pendant tout le Carême. Et maintenant tout renaît et l’Alleluia le célèbre :

"Ô nuit qui seule a pu connaître le temps et l’heure où le Christ est sorti vivant du séjour des morts ; ô nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)." (Exsultet)

Oui, la nuit est devenue une grande lumière : l’église toute resplendissante le proclame ; nous avons rallumé nos cierges et l’Alleluia éclate.

[Alléluia est un mot hébreu, qui signifie : louer le Seigneur. On l’a gardé sans le traduire, car il appartient à la liturgie des premiers chrétiens.]

Dans notre Eglise romaine, l’Alleluia est l’acclamation pascale par excellence.

Cette nuit, il va nous introduire à l’Evangile, la « bonne nouvelle » (c’est le sens du mot grec, évangile), celle que nous attendons : LE CHRIST EST RESSUSCITE !

LITURGIE BAPTISMALE

Dans les premiers siècles de l’Eglise, les catéchumènes (ceux qui se préparent à recevoir le baptême) étaient baptisés dans la nuit de Pâques – on retrouve de plus en plus cette pratique qui est tout à fait normale ! Pâques est le cœur de notre foi : comment ne pas recevoir le Baptême en ce jour ?

Souvent des baptêmes sont donnés au cours de la Vigile pascale, et, avec ces néophytes (d’un mot grec qui signifie : nouveau nés ou renés, car une nouvelle vie est donnée), tous, nous renouvelons les promesses de notre baptême. Quand nous avons été baptisés tout petits, nos parrains et marraines se sont engagés à notre place ; c’est d’ailleurs pour cela que plus tard, nous faisons notre Profession de foi, pour affirmer que nous disons oui à notre baptême.

Même lorsqu’il n’y a pas de baptême, chaque Nuit de Pâques, nous renouvelons notre Profession de foi baptismale, nous réaffirmons publiquement que, en vérité, nous voulons vivre en enfants de lumière, en fils du Père.

Après avoir déclaré que nous renonçons à tout ce qui conduit au mal, nous allons redire que c’est bien en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint que nous croyons :

- Croyez-vous en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ? NOUS CROYONS
- Croyez-vous en Jésus Christ, son fils unique, notre Seigneur, qui est né de la Vierge Marie, a souffert la passion, a été enseveli, est ressuscité d’entre les morts, est assis à la droite du Père ? NOUS CROYONS
- Croyez-vous en l’Esprit Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, au pardon des péchés, à la résurrection de la chair, et à la vie éternelle ? NOUS CROYONS

Vous reconnaissez une forme très simple, mais qui dit l’essentiel, du Credo. Au fond, le Credo que nous récitons chaque dimanche n’est rien d’autre qu’une liturgie baptismale !

La Vigile pascale est une grande Eucharistie (la Messe) qui, tout simplement, est plus développée que le dimanche ! Nous y retrouvons tout à fait les mêmes éléments, on l’a vu au fur et à mesure.

Donc nous arrivons maintenant à ce que l’on appelle…

LITURGIE EUCHARISTIQUE

On va résumer très vite : dans la Messe (appelée aussi, dans son ensemble, l’Eucharistie), il y a les rites d’accueil et de préparation du cœur, puis les lectures (au moins deux ; il y en a trois le dimanche), ensuite la grande prière eucharistique qui va nous amener à la communion, enfin le renvoi.

Au monastère, nous célébrons la Vigile pascale très tôt le matin, « quand il fait encore nuit » (comme le notent les Evangiles racontant la venue des femmes au tombeau) ; quand arrive le moment de la prière eucharistique, le jour commence à se lever.

C’est vraiment un très beau signe : le Christ, appelé parfois Soleil Levant, qui ne cesse de se donner, dans les lectures, dans l’assemblée qui se réunit en son nom, vient réaliser sa Présence sacramentelle quand apparaît la lumière du jour…

Désormais la lumière remplit tout !

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