Bénédictines de Sainte Bathilde

PENTECÔTE

dimanche 20 mai 2018

Cinquante jours après Pâques, chiffre de plénitude, s’achève – s’accomplit – le cycle ouvert au Mercredi des Cendres.

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Cinquante (penteconta, en grec) jours après Pâques, chiffre de plénitude, s’achève – s’accomplit – le cycle ouvert au Mercredi des Cendres. Cycle pascal coulé dans le cadre des fêtes juives : Pâque, mémorial de l’événement fondateur de la sortie d’Égypte ; Pentecôte, fête des moissons à laquelle on a attaché la commémoration du don de la Torah (la Loi) sur le Sinaï, signe de l’Alliance renouvelée de Dieu avec son peuple.

Le soir du Jeudi Saint, Jésus partage le pain et le vin : « Ceci est mon corps livré, ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, versé pour vous et pour la multitude… ». Le cycle pascal est bien une histoire d’alliance, l’accomplissement de la grande histoire de l’Alliance.

Bien qu’elle préside à l’origine de la Création, c’est dans le récit du déluge que le terme apparaît pour la première fois : Noé et son arche nous accompagnant dans nos méditations depuis le début du Carême, retrouvons-les. « Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec votre descendance après vous… » (Genèse 9, 8-17). Dans ces quelques versets, le mot résonne sept fois, autre chiffre de plénitude, montrant la solennité de la promesse et qu’elle est irrévocable.

Mais alors, le déluge : châtiment ? Dieu PUNIT-IL ? Terrible question dont nous ne sommes jamais vraiment sortis : avoué ou larvé, un soupçon pèse sur Dieu et son Être d’amour. Si le cycle pascal est renouvellement définitif de l’Alliance, il doit porter des éléments de réponse.

La sortie du Paradis de nos premiers parents a-t-elle été une punition ? la dispersion des hommes après l’érection de la tour de Babel ? l’embrasement de Sodome et Gomorrhe ?

Ces deux derniers épisodes ont en commun qu’ils s’accompagnent d’une descente de Dieu : "pour voir la tour" qui vient d’être édifiée (Gn 11,5), pour voir" si vraiment les Sodomites agissent aussi mal qu’on s’en plaint (Gn 18,21). Dieu, disent les rabbins, vient s’informer Lui-même, ce n’est pas un juge inique et lointain – c’est déjà une très belle explication à ses descentes. A cause d’une première expérience (Gn 3,8), nous pouvons aussi penser que Dieu aime venir « voir » ses hommes, dans le désir de se promener avec eux à la brise du jour, sur une terre créée pour la rencontre.

Punition ? Le problème n’est pas vraiment là, mais plutôt : quand surgit le mal, où est Dieu ? Il vient voir, or quand il s’agit de Dieu, « pour voir », c’est identiquement « pour sauver » : « J’ai vu la misère de mon peuple ... Je suis descendu pour le délivrer » (Ex 3, 7-8), anticipation de l’ultime et définitive Descente, celle du Christ. Le malheur est au cœur du monde, au cœur de nos vies : Jésus descend le prendre à bras le corps. Quelle est notre réponse ? La croix.

À l’heure où le Fils de Dieu mourait, comme un banni, l’obscurité se fit sur le pays : troublant rappel du chaos primitif ou des ténèbres de l’arche. Sur ce tohu-bohu, passé inaperçu au milieu des préparatifs de la Pâque qu’on allait célébrer, et, plus radicalement, au milieu des soucis de la vie, où est la Voix qui dit : « Que la Lumière soit » ? Il n’y a pas de voix. Il n’y a rien. Le silence d’un tombeau. Dieu, dans le Christ, porte jusqu’au bout le scandale du mal, dans le silence, l’attente.

Or voici que le premier jour de la semaine, le jour Un où le Créateur lance la vie dans la Lumière, aux femmes, se montrent des anges éblouissants : le Seigneur est ressuscité, allez le dire aux disciples !

À l’humanité blessée et blessante, la réponse de Dieu est un renouvellement définitif de l’Alliance. Dieu qui nous a tout donné en son Fils, trouve encore à donner : par-dessus le don, il offre le pardon, la certitude absolument définitive, que Dieu n’est qu’Amour, que l’amour EST son être.

Alors, mystère qu’on dit en tremblant, quelle est la punition que nous inflige le Père pour avoir mis à mort le Bien Aimé ? Il nous donne l’Esprit Saint... À la Passion, Dieu répond par la Pentecôte.

Et les hommes dispersés enfin s’entendent, chacun dans sa langue.

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Retrouver l’Ascension : ASCENSION

 
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