Bénédictines de Sainte Bathilde

Pâque juive, Pâques chrétienne

mercredi 28 mars 2018

Au soir du Jeudi Saint, au terme des quarante jours de marche au désert du Carême, l’Église entre dans le Triduum : trois jours pour expérimenter la tension de l’attente.

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Pâque ou Pâques ! Pâque juive et Pâques chrétienne ! C’est au temps de la Pâque, à Jérusalem, que Jésus meurt et ressuscite – ce n’est pas un hasard du calendrier. Nous le savons et nous avons l’habitude de cette concomitance, peut-être même des développements en tous genres entendus ou lus sur le sujet… Alors, qu’ajouter encore ?!

« Vous observerez la fête des Azymes car, ce jour-là, j’ai fait sortir vos armées du pays d’Égypte. Observez ce jour-là d’âge en âge : c’est un décret immuable ! » (Exode 12, 17). Dès sa majorité légale, et peut-être avant, l’enfant Jésus « accompagne ses parents qui se rendent à Jérusalem, chaque année, pour la fête de la Pâque » (Luc 2, 41).

Célébrée au printemps, durant une semaine, le premier jour étant fixé au 14 nisan, elle rassemble deux séries de traditions, très anciennes. Pessah, célébrée de nuit, appelle, par le sacrifice d’un jeune animal, sans défaut, la protection divine sur le troupeau et sur le clan.

La fête des Azymes, elle, est agraire et marque le début de la moisson : durant sept jours, on mange le pain non levé (a-zymes : sans levain), signe de renouvellement, le vieux levain étant soigneusement jeté. Les deux traditions seront jointes et définitivement liées à l’événement fondateur de la sortie d’Égypte.

Un jour, Dieu fit sortir son peuple d’Égypte… « Souviens-toi ! » Devant, il y avait la mer, barrière infranchissable ; derrière, les chars égyptiens se rapprochaient inéluctablement. Point de salut, point d’espérance. Et la mer s’ouvrit. De génération en génération, on s’est répété cela : il n’y avait plus d’espoir, rien que le gouffre, rien que la peur, et le salut est venu.

Un jour, le salut a déjoué les prévisions les plus sombres et desserré l’angoisse : ce qui fut, de nouveau sera ! Dans les geôles de l’Exil et de l’exclusion, celles du VI° s av JC, celles du XX°s ap JC, celles de tous les temps, naît l’Espérance.

Alors que l’on s’apprêtait à célébrer la Pâque, « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, lui qui avait aimé les siens dans le monde, voulut les aimer jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Le seder, le repas rituel du premier soir de Pessah, cette nuit-là encore déroule son action, signes encore voilés, promesse déjà là. C’est en lui que le Fils se coule : fils de son peuple, il reçoit ce que la foi ancestrale lui offre et simplement l’ouvre à plus large.

Il se ceint d’un linge, lave les pieds des convives, se faisant l’esclave, le dernier. Il prend le pain, le rompt : « Ceci est mon corps », et de même pour la coupe : « Ceci est mon sang versé pour vous ».

Puis il descend la vallée du Cédron, vers le jardin du Pressoir, et quand, plus tard, il reprendra le chemin de Jérusalem, il est lié, nouvel Isaac mettant ses pas dans les pas d’Abraham qui jadis foula ce sol. Agneau pascal dont on ne brisera pas les os.

Nouvel Adam : « Prenez, mangez », les verbes de nos rapacités et de nos convoitises, s’emparant au lieu de recevoir, sont redonnés à leur sens. Prenez, mangez : c’est la Pâque du Seigneur.

Au matin du 1° jour de la semaine, les femmes trouvent la pierre roulée devant le tombeau : il est vide ! « Ne cherchez pas le Vivant parmi les morts, leur dit un ange. Il est ressuscité, comme il l’a dit ! »

Pâques ! « Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort, Il a vaincu la mort ; à ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la vie ! » Nouveau Moïse, Il est le guide venu « pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11, 52) et « conduisant à la gloire une multitude de frères » (Hébreux 2, 10).

Au soir du Jeudi Saint, au terme des quarante jours de marche au désert du Carême, l’Église entre dans le Triduum : trois jours pour expérimenter la tension de l’attente. Oui, le Christ est vraiment ressuscité, nous donnant le salut, c’est-à-dire la vie, « une fois pour toutes », mais la Résurrection n’est pas un happy end, avec le risque que l’espérance nous manque lorsque dans nos vies surgit le mystère des trois jours, de l’attente contre tout espoir.

Lorsque, au troisième jour, les femmes se rendent au tombeau, elles ont eu le temps d’être déchirées par le désespoir. Ne passons pas trop vite du Golgotha au tombeau vide. Le Christ a reposé dans le tombeau. Lui-même attend ! Par ces trois jours d’attente réelle, Il assume toute l’attente anxieuse, douloureuse, du monde.

Pâques ! La mer s’est ouverte. Ô mort, où est ta victoire ?

Pour retrouver la méditation précédente : RAMEAUX

 
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