Bénédictines de Sainte Bathilde

Pâques aujourd’hui

dimanche 1er avril 2018

Le Christ est ressuscité ! Comment dire que nous pouvons aujourd’hui croire que le Christ est sorti vivant du tombeau et que cela signifie qu’Il est à jamais vivant, Dieu-avec-nous à jamais, donc aussi aujourd’hui ?

Pâques aujourd’hui

La femme s’approche, la précipitation de son pas s’est ralentie : le jardin est là, mais la pierre devant le tombeau, qui la roulera pour que, enfin, elle touche le corps déposé il y a trois jours ?

Qui roulera, qui déplacera la tristesse de nos cœurs, qui consumera l’angoisse du monde qui rugit dans l’arme folle d’un tueur, les cris des victimes, l’accélération des courses au pouvoir ?

Elle est arrivée et son cœur chaviré reçoit un nouveau coup : la tombe est vide, la pierre est roulée, mais où est-il, celui que son cœur aime ?

Où est-il, l’enfant mort, l’époux assassiné, l’ami perdu ? Où est-elle, la paix, dont on ne sait si elle est un souvenir ou un rêve ? Où vont-ils, les cris, la peur, la haine et leur cortège de larmes ?

La femme s’est approchée et s’est penchée ; elle s’est retournée, de désespoir et d’étonnement. « Qui cherches-tu ? » Un homme lui a parlé et elle a répondu : un instant elle n’est plus seule. Mais elle ne reconnaît pas celui qu’elle cherche, celui qu’elle aime.

Une voix de nouveau : « Mariam ! » C’est Lui : tout son corps a frémi, avant de s’abattre aux pieds du Maître. C’est Lui !

Comment aujourd’hui parler de la Résurrection ? Non ce vague aujourd’hui pour dire notre siècle, mais bel et bien ce jour où j’écris ces lignes, bruissant d’horribles tragédies, et celui, tout proche, où vous les lirez et qui retentira, lui aussi, des sanglots de drames bien réels.

Le Christ est ressuscité ! Comment dire que nous pouvons aujourd’hui croire que le Christ est sorti vivant du tombeau et que cela signifie qu’Il est à jamais vivant, Dieu-avec-nous à jamais, donc aussi aujourd’hui ?

Il y a des cris de triomphe blessants comme des couteaux ; il y a des Alleluia frais comme des eaux d’espérance. Il y a des mains qui s’imposent ; il y a des gestes doux et des présences consolantes qui disent, sans mots parfois, que le Christ est au milieu de nous.

La Résurrection est remise entre nos mains, confiée à nous pour qu’elle devienne crédible. Folie ? Sans doute, mais Dieu ne fait pas semblant de s’incarner, alors c’est jusqu’au bout qu’il s’en remet à nous.

Dans un monde affolé de solitude, ce sont des con-solateurs qui diront que Dieu EST là. Il n’a que nos mots, nos gestes, nos sourires, nos silences pour consoler.

Dans un aujourd’hui qui s’emballe, retentit la voix d’Etty Hillesum : « Prière du dimanche matin. Ce sont des temps d’effroi, mon Dieu. Cette nuit, pour la première fois, je suis restée éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. (…) Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider ; et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. »

Le Christ est ressuscité des morts ; par sa mort, il a vaincu la mort. À ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la vie !

La femme, aux pieds de Jésus, frémit de soulagement ; la consolation va la remettre debout : « Va trouver mes frères et dis-leur… » Oui, va annoncer que tu m’as vu, que je t’ai appelée et que je les fais, avec toi, témoins de la bonne nouvelle !

« Mon Dieu, prévient Etty Hillesum, Tu connaîtras sans doute aussi des moments de disette en moi, où ma confiance ne te nourrira plus aussi richement, mais crois-moi, je continuerai à œuvrer pour toi, je te resterai fidèle et ne te chasserai pas de mon enclos. »

Au sommet du Mont Moriah, Abraham découvrit l’inattendu, dans le regard d’Isaac vivant. Dans le Jardin de la Tombe, Marie-Madeleine reconnaît le Vivant qu’elle n’osait plus attendre.

Dans les galères de tant d’existences, les Golgotha de nos sociétés et les jardins aussi, Dieu attend.

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pour retrouver les méditations précédentes :

Pâque juive, Pâques chrétienne

Mystère de l’attente

 
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