Bénédictines de Sainte Bathilde

Témoignages sur l’Echange Spirituel 2009

mardi 22 septembre 2009

Après le séjour des nonnes japonaises à Martigné et des moines à Lérins et Ligugé, a eu lieu à Paris le 12 septembre 2009 le symposium final.

Témoignages :

Témoignage de Sr Samuel, de Martigné-Briand, membre du DIM-MID

La présence de Yusho et Hosai du 27 août au 11 septembre 2009 dans notre monastère de Martigné-Briand, a transformé notre communauté… au moins pour quelques jours… !

Lors de leur arrivée, elles furent introduites dans la salle du Chapitre.
La Prieure a procédé alors au rite d’accueil des « moines étrangers ». Elle a lu le chapitre 53 de la Règle (RB) « de l’accueil des hôtes » et, en signe d’accueil, leur a lavé solennellement les mains selon ce chapitre de la RB.
Elle leur a remis le psautier, symbole de la prière des moniales chrétiennes, l’Opus Dei qui règle les nuits et les jours de la communauté monastique.
La communauté a alors chanté le psaume 132 (133H) « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ».
Ensuite Yusho et Hosai ont chanté Hannya Shingyo et chaque sœur a accueilli Yusho et Hosai.
Le repas au réfectoire a suivi, symbole par excellence de l’hospitalité monastique.

La vie monastique simple et quotidienne a alors repris son cours, comme si de rien n’était…
Et pourtant… !
Les témoignages des sœurs de la communauté évoquent ce séjour à la fois si insolite et si impressionnant dans sa simplicité.
Ce qui a assez globalement impressionné et édifié la communauté, c’est leur participation à tous les offices dès cinq heures le matin, et leur trois prosternations – sampai - avant chaque office, au milieu du chœur :

« Elles nous ont marquées par leur comportement, par la manière dont elles saluent Bouddha sur sa représentation dans la pièce de tissu sur laquelle elles font sampai ».

« Ce qui m’interpelle le plus, c’est leur entrée au chœur… Bien sûr, ce n’est pas devant le Christ qu’elles se prosternent ainsi… mais justement, cela me renvoie à ma propre façon d’honorer, de saluer, d’adorer et d’accueillir Celui qui est pour nous vrai Dieu et vrai homme… »

« Nous nous sommes surprises à nous redresser dans les stalles, à bien tenir notre psautier - et il devenait impossible de faire machinalement l’inclination profonde lors de notre entrée au chœur -, à marcher lentement dans le cloître à leur suite en n’osant jamais les dépasser !
En vérité, le monastère est devenu plus calme… »

Leur capacité d’intégration nous a impressionnées, cela n’a rien troublé de notre vie en clôture, rien dérangé.
Elle se sont intégrées sans bruit et avec efficacité.
La « simplicité » des comportements n’est pas sans éveiller un écho de la « simplicité » que le moine chrétien recherche, la simplification.
Yusho eut cette réflexion qui semblait sortir tout droit de notre Règle : « Tout au fond le noyau est très très simple. Une fois que l’on a travaillé à enlever toutes les poussières qui se trouvent par-dessus… que nous avons accumulées par-dessus… le noyau est très très simple ».
Bien sûr, nous n’avons pas pu avoir de longues conversations, ne parlant pas la même langue, mais sans doute cela a-t-il contribué à une plus grande communion fraternelle.
Nous avons vécu comme une chance cette possibilité de dialogue à la fois prudent, respectueux mais confiant, franc, ouvert de part et d’autre.
Pas de réflexions telles que « c’est comme nous »,
pas de récupération, non, rien de tout cela,
seulement des ouvertures et de profondes joies lorsque nous nous apercevions que nos cheminements étaient au moins parallèles.
Prudence totale : nous nous arrêtions à ce « au moins parallèle », absolument évident.

Durant leur trop court séjour, elles purent aussi visiter d’autres abbayes : Bellefontaine (ocso), Les Gardes (ocso), Bouzy (osb) et St Benoît sur Loire (osb) où elles vénérèrent les reliques du patriarche d’Occident !
Dans toutes ces abbayes, l’accueil fut très fraternel et très reconnaissant de cet « échange » inattendu entre moines et moniales de traditions différentes.

« Ce temps passé parmi nous a été un temps d’amitié dans le sens le plus profond du terme, un temps d’amour fraternel, de reconnaissance mutuelle de nos différences dépassées non à un niveau intellectuel mais à un niveau humain et spirituel. L’Esprit Saint, n’était-il pas là ? Elles vont nous manquer ! ».

Oui, nous pouvons dire : « Nous avons reçu ton amour, Seigneur, dans ta maison », et rendre grâce pour ce qu’elles ont été pour nous et au milieu de nous.
Nous pouvons rendre grâce pour tous ces échanges enrichissants suscités par le DIM, pour le don que Dieu nous fait en permettant ce « connaître » de l’expérience spirituelle.

Témoignage de Yusho SASAKI :

J’ai passé mon séjour au monastère osb de Martigné-Briand (49). J’étais « dedans » c’est-à-dire « en clôture » avec les moniales chrétiennes ; et donc j’ai vécu une vraie expérience, avec des échanges très profonds.
Ce que j’ai découvert c’est plutôt des points communs que j’ai vécus le plus. Ce que nous cherchons des deux côtés, nous cherchons la même chose.
J’ai entendu parler de la prière au monastère. On « cherche Dieu », et il faut chercher ce qui dépasse le langage.
Dans ce monastère, trois choses m’ont paru essentielles : la pauvreté, le silence, la solitude. Dans le bouddhisme ce n’est pas tout à fait ce qu’on dit de faire. Nous sommes des femmes, nous sommes bavardes… et donc nous avons essayé de respecter le silence. J’ai été vraiment touchée par l’hospitalité des sœurs. Très touchée par le fait que, au monastère selon saint Benoît, dans chaque hôte qui vient, « on reçoit le Christ ».
Sœur Samuel nous a dispensé un enseignement sur la Règle de saint Benoît (RB 7) et ces degrés d’humilité m’ont beaucoup étonnée, car on retrouve le même enseignement dans l’enseignement de O Soshu où l’on enseigne précisément de ne pas être orgueilleux.
L’emploi du temps ressemble beaucoup à notre emploi du temps du Nisodo au Japon. Le rythme de la vie ressemble beaucoup aussi.
Dans la pratique de zazen, la respiration est importante ; dans le chant des bénédictines au chœur, la respiration compte aussi. Quand on pratique zazen au Japon, on est dans une petite pièce et ce rapprochement physique peut provoquer des frictions. Dans ces conditions, à cinq ou six dans une pièce en permanence, on voit tout et il faut beaucoup d’humilité pour ne pas juger. Au monastère chrétien, les sœurs ont une cellule personnelle.
Les moyens pour « arriver » sont différents, mais malgré tout, l’arrivée, le but, c’est la même chose.

Témoignage d’Hosai SAKAI :

Yusho a dit ce que j’ai ressenti moi-même au monastère osb de Martigné-Briand.
Au Nisodo aussi on enseigne le silence. Le silence à Martigné c’est « ne dire que le nécessaire », c’est cela le silence selon saint Benoît (RB 7 et RB « De la retenue dans les paroles »). Au Nisodo, on vit à quatre ou cinq ensemble dans une pièce, et cela est difficile de rester en silence, nous bavardons…
C’est le sesshin, complètement en silence qui nous ramène au silence, qui nous apprend à revenir au silence A Martigné, on parle à la « salle commune » ou on écrit sur un papier ce qu’on veut dire à une sœur, on rédige un « billet ».
Les sœurs ont une disponibilité de cœur, le souci des autres. J’ai été très touchée par l’attention des sœurs pour leurs sœurs âgées et très âgées, aux faibles, aux malades… cela m’a beaucoup touchée. Ce souci envers les autres fait que chacune fait ce qu’elle a à faire et ne s’impose pas.
Au Nisodo, je dis « j’aime » ou « je n’aime pas » ce travail … et si ça pèse sur mon cœur, c’est que mon cœur n’est pas libre. Et je suis donc contente d’avoir appris tout ça au monastère chrétien en regardant vivre les sœurs. Des cœurs riches de disponibilité. Un cœur « large » vis à vis des autres. La Prieure a dit que « prier » tout le temps permet cette disponibilité de cœur. J’ai été très heureuse de cet esprit d’accueil, d’être « reçue comme le Christ », cela m’a beaucoup impressionnée et rassurée. Chaque sœur nous a accueillies avec amour. Le « vivre ensemble » de ce monastère m’a permis de sentir cet accueil (car je ne parlais pas le français). Bouddhisme et Christianisme sont deux Voies différentes mais ce qu’on recherche, c’est la même chose.
Grâce à cet Echange, j’ai eu des réponses à mes questions. Au-delà du langage, j’ai beaucoup reçu, grâce aux sœurs.

 
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