Bénédictines de Sainte Bathilde

Unsui - Nuage & Eau

vendredi 21 août 2009

Au Japon, les moines sont appelés « unsui », c’est à dire « nuage-eau » car ils ont à apprendre l’impermanence dont témoignent les nuages qui se changent en pluie puis de nouveau en nuages.

Restons attentifs à cette image poétique donnée aux moines japonais qui découle de la réalité de la terre du Japon, fréquemment couverte de nuages qui filent entre les montagnes, et détrempée de pluies.

Unsui, « nuage » et « eau », ces deux éléments évoquent également pour nous, moniales chrétiennes, d’une part la « souplesse » des nuages qui défilent avec grâce dans le ciel et d’autre part l’agilité de l’« eau » qui descend du ciel et s’infiltre dans la terre pour donner la vie.

« Unsui », nous conduit à prendre conscience de la précarité de l’existence comme une des sources de la vie monastique.
Notre vœu de « stabilité » est d’abord et avant tout une stabilité intérieure en Christ dans le mouvement d’une vie qui s’accomplit en compassion pour tous les êtres.

« Unsui » nous apprend le travail sur soi de purification et le détachement des choses de ce monde, de ce qui « passe » précisément, comme les nuages.
La sagesse bouddhique nous apprend, dans la pratique de zazen (zen assis) qu’il s’agit de laisser passer les pensées (ne pas les considérer, ne pas s’y attacher) comme passent les nuages devant nous.

Unsui nous renvoie à nos Ecritures, nous rappelant que nous sommes « pèlerins » sur cette terre, des êtres de « passage ».
Dans l’image du radeau qui traverse le fleuve de l’existence (image bouddhique) pour atteindre l’Autre Rive, c’est « l’Autre Rive » qui importe précisément, et pas le moyen de transport.
Pour nous chrétiens, l’attachement aux moyens de libération peut, à un certain moment, devenir un nouveau lien.
D’où cet intérêt pour nous moines et moniales chrétiens, d’être attentifs à ces unsui si bien nommés pour rester « en route », des « chercheurs de Dieu » sans installation aucune, sans attachement, sans appropriation, mais dans une « mise en commun des biens » propre à saint Benoît, école de détachement, vertu suprême de notre vie monastique, tous ensemble vers l’Autre Rive, la seule qui importe, la Jérusalem Céleste.

Le mantra du « Sutra du Cœur de la Sagesse Transcendante » « Prajna Paramita Hridaya Sutra », sous le nom de « Hannya Shingyo » dit :
« Gate, gate, paragate, parasamgate bodhi Svaha »
« Aller, Aller, dépasser, traverser (le fleuve de l’existence), vers la rive de l’Eveil »
Et le Dalaï Lama concluait à Nantes en 2008 devant une assemblée de 7000 personnes : « Allez ! allez ! de la naissance à la jeunesse, de la jeunesse à la vieillesse, de la vieillesse à la mort, de la mort au cercueil, du cercueil à la terre !… Allez tous vers l’Eveil Suprême ! »…

Ces nonnes et ces moines bouddhistes, ces unsui, nous les recevons dans nos monastères comme une grâce, selon le chapitre 61 de la Règle de Saint Benoît, « Des moines étrangers, comment les recevoir » :
« Si un moine en voyage, venant de contrées lointaines arrive au monastère…on le recevra aussi longtemps qu’il le désire….s’il suggère quelque chose…on l’examinera car c’est peut-être pour cela même que le Seigneur l’a envoyé… »_ hospitalité sacrée, témoignage en dialogue silencieux de la beauté de Dieu ou du Dharma !

Sr. Samuel osb

(photos Google)

 
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